Exploitation: Morts d’émigrants : lorsque Fillon dérape…

Publié le par Le Mendiant

Ce que dit la presse :

Réagissant à la mort d’émigrants clandestins en Méditerranée, François Fillon a déclaré : « Tous ceux qui promettent des papiers partout dans le monde, d’une certaines manière, ont une responsabilité dans ce qui vient de se passer. » […] L’utilisation d’un événement tragique à des fin politiques est, en effet discutable, mais reconnaissons que, sur le fond, la remarque du Premier ministre est loin d’être fausse. »

Source : Fillon ne dérape pas tellement, Marianne N°529, 12 juin 2007, p.22


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Commentaires du Mendiant :

Si ce n’est pas un dérapage, c’est inquiétant…

Quelle peut-être la part de vérité d’une telle affirmation ?  Quelle est la part de clandestins qui renoncerait au voyage s’il avait la certitude de ne jamais recevoir de papiers ?  Quelques uns, sans doute, mais certainement pas la majorité et pour une raison simple : il est impossible de tuer l’espoir d’une vie meilleure !

Les personnes qui fuient leur pays s’attendent rarement à être accueillis à bras ouverts : pourquoi sinon une aventure aussi périlleuse ?  Une fois sur place, ils espèrent toutefois trouver un travail, s’intégrer et, au bout de quelques années, peut-être, pouvoir régulariser leur situation. Qui sait ?  L’espoir fait vivre.

A la limite, s’il s’agit de décourager les candidats au voyage, il aurait mieux valu s’en prendre à ceux qui promettent du travail : les filière de passage et toutes les entreprises qui recrutent des clandestins par exemple. « Disponibles, peu coûteux et dans l’incapacité de réclamer leurs droits, ils sont des salariés "très avantageux" pour leurs employeurs » notait ainsi François Brun, chercheur au Centre d’étude de l’emploi. (François Brun, Libération, 6 décembre 2004, cité par Perrine Cherchève, Tout ce que l’on a jamais osé dire sur l’immigration, Marianne, 15 janvier 2005)

Montrer du doigt les Etats ou les partis qui font preuve de générosité (de naïveté aussi parfois, c’est vrai) à l’égard des immigrés, c’est occulter à trop bon compte les autres facteurs des mouvements migratoires : la pauvreté d’une partie de la planète (En 2006, l’aide publique versée par les pays riches a baissé pour la première fois depuis dix ans), la disparité entre les pays qui créée un phénoménal appel d’air, les émissions de TV occidentales qui font miroiter un monde meilleur, les passeurs jamais avares en promesses… et la possibilité, encore et toujours (et dans un sens heureusement), de trouver du travail une fois sur place !

Cette question est bien trop tragique pour pouvoir être caricaturée de la sorte. Venant du premier ministre du « pays des droits de l’homme », c’est même consternant.  Les responsables ne sont pas ceux qui souhaitent offrir une chance aux plus démunis mais tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, exploitent la misère. En un mot: le vrai coupable, c’est le système !

Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

Exploitation: Morts d’émigrants : lorsque Fillon dérape… 2007 © Benoît Saint Girons
Photo: En haut sans filet, Hong Kong, 1993 © Benoît Saint Girons

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