Le business de la peur et des complexes...

Publié le par Le Mendiant

REFLEXION


« C’est le système qui est Big Brother. Il n’y a pas de Maître derrière »
(Jacques Attali, France Info, 18 septembre 2007)

L’ancienne éminence grise de François Mitterrand passée depuis dans le camps de la croissance sarkozienne venait d’évoquer la multiplication des appareils électroniques permettant de suivre tout un chacun à la trace ainsi que l’essor de l’industrie de l’auto surveillance

Des GPS pour enfants équipé d’un bouton SOS aux bracelets électroniques pour bébés en passant – comme aux Etats-Unis – par des caméras dissimulés dans des peluches pour surveiller la nounou, jamais Big Mother et Big Father n’auront autant jeté un œil sur leur progéniture… ce qui leur permet paradoxalement d’être de plus en plus absents. 

Une éducation par correspondance prenant comme prétexte l’indépendance des enfants pour mieux « libérer » les parents de leurs responsabilités ? Ne faisons pas de mauvais esprit : il s’agit bien sur avant tout de rassurer !

Car si l’on en croit les médias, les pédophiles sont partout et les rapts de bébés quotidiens. Tremblez citoyens et équipez-vous :  trois serrures sur chaque porte, un système d’alarme perfectionné, un gros chien qui aboie au moindre passant et des caméras de surveillance représentent de nos jour le minimum syndical pour se sentir en sécurité chez soi.

Chez soi mais malheureusement pas à l’extérieur. L’extérieur, l’ailleurs, l’inconnu… Que de dangers en perspective !  Si par malheur je dois m’absenter de mon petit cocon douillet, que ce soit au moins entouré d’un champ électromagnétique qui me localisera en quelques secondes et permettra à mes proches de paniquer tout autant que moi.


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Demander à un inconnu de m’aider ? Mais encore faut-il qu’il y ait un inconnu, que j’ose lui adresser la parole, qu’il comprenne ce que je lui demande, qu’il accepte de m’aider, qu’il soit efficace… Trop de paramètres, décidemment, pour en faire une solution fiable. De toute manière, on n’est jamais mieux servi que par soi-même…

… et je paye suffisamment cher mes services de téléphonie moderne ! Autant alors en profiter ! Evidemment, l’idéal serait quand même d’avoir deux portables, dans le cas où quelqu’un me volerait le premier. De toutes les horreurs susceptibles de m’arriver au XXIème siècle, le vol de portable figure en effet assez haut sur la liste. 

Voilà bien le paradoxe de tous ces gadgets de la pseudo sécurité : censés sécuriser les propriétaires, ils les rendent dans le même temps plus vulnérables aux agressions. Si ma maison est équipée d’une alarme perfectionnée, c’est à priori que je possède des biens de valeurs... Si je me ballade avec un gadget Hi-Tech, je prends le risque de me le faire voler… A faire en permanence le promotion du superficiel, superflu et superfétatoire, on ne peut de toute manière que favoriser le développement des comportements déviants.

Laisser sa maison grande ouverte et sortir avec pour simple système de communication sa bouche et ses deux oreilles (à utiliser en proportion) ?  Le business de la peur et des complexes fera évidemment tout pour nous en dissuader. Un bon citoyen se doit de trembler et de s’entourer d’une pléthore d’objets rassurants.

Enfant, c’était à celui qui avait la plus grosse. Adulte, c’est à celui qui a le plus petit... ou le plus design... ou le plus récent… ou le plus snob.  Les dernières nouveauté se réservent sur internet des semaines à l’avance et se revendent plus chers que le neuf au marché noir… Je possède donc je suis quelqu’un…

Mais qui exactement ?  Avec un Président qui fête sa victoire au Fouquet’s avec ses amis milliardaires et qui se dore sur un yacht prêté par un « corsaire de la finance », la barre a été placée un peu haut pour le commun des mortels… Si Sarkozy est l’exemple à suivre, alors il est possible de prévoir des frustrations et des complexes en pagaille, le tout, bien entendu, sur fond de violences récurrentes…

Il serait donc plus prudent de vite changer d’exemple. Après le superman bling bling hyperactif, pourquoi ne pas nous attacher à un simple mortel ?  Le Mendiant (voir l’article sur la tyrannie du toujours plus) est une figure un peu extrême alors envisageons plutôt un adepte de la « simplicité volontaire ». Nous en connaissons tous et ce ne sont généralement pas les plus malheureux.

Celui qui veut moins a en effet toujours moins à perdre et beaucoup à gagner. « Content de peu n’a rien à craindre » disait le sage taoïste Lao zi. « Celui qui ne sait pas se contenter de peu sera content de rien » ajoutait Epicure. « Car la richesse de l’homme est dans son coeur. C’est dans son coeur qu’il est le roi du monde. Vivre n’exige pas la possession de tant de choses » résumait J. Giono

La richesse relève en effet moins du strict confort matériel que du véritable bien-être des individus et, de ce point de vue, nous sommes surtout riches de ce que nous ne possédons pas : la qualité de l’air, la sécurité, la santé, le sourire des enfants, les solidarités, les opportunités de réaliser ses rêves, l’amour… 

C’est lorsque nous cessons de nous concentrer sur le futile que le fondamental réapparaît.  C’est lorsque nous cessons d’avoir peur que la confiance renaît. C’est lorsque nous arriverons à abandonner nos gadgets que nous arrivons à mieux respirer et communiquer. Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

Le Mendiant

Photo: Malaysian's girl 1998 © Benoît Saint Girons

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