Le mythe de la voiture

Publié le par Le Mendiant

REFLEXION


Extrait du conte écologique gratuit De l’air !



Embouteillages rituels sur le périphérique,
Tuyaux d’échappements à grisaille publique.
Griserie de vitesse, machisme éperdu ;
En dépit du danger, gagner le temps perdu.

Parties de cache-cache avec forces de l’ordre.
Insultes déployées à défaut d’ pouvoir mordre.
Adressées, violemment, avec beaucoup d’émoi,
Aux plus lourds, aux plus lents, à tous ceux devant moi.

Difficile en vélo d’filer cheveux au vent,
Sans climatisation, c’était l’horreur avant !
Aucune station essence, péage à visiter,
Sur les chemins de terre, les sentiers forestiers.

Sans parler du tracas, sans positionnement,
De croiser l’inconnu, de rencontrer l’amant.
Au triste citoyen soudain privé d’moteur,
J’aimerais conseiller: « Entends battre ton cœur ! »

[…]

–  Revenons-en si vous le voulez bien aux thèmes de votre livre, proposa le journaliste. Vous dénoncez la voiture comme symbole de liberté. N’est-ce pas pourtant un formidable moyen d’évasion ?
– Il y a loin entre la liberté et la lib’airté, répliqua Hélène, et la voiture m’apparaît, tout au moins en ville, plutôt comme un moyen d’éviter l’invasion. En voiture, on cherche surtout à éviter l’autre. Malheur à celui qui ose me frôler de trop près ! Avez-vous noté comme nous étions agressifs en voiture, comme si le fait d’être motorisé et cuirassé nous faisait mécaniquement déraper vers nos pulsions les plus primaires… Les jeunes de Mai 68 avaient peut-être raison lorsqu’ils disaient que la voiture, ça rendait con !  (1)
– C’est vieux tout ça…
– Oui et en vieillissant, le « jouir sans entrave » s’est transformé en « consommer sans entrave » et la voiture en symbole de la société de consommation. Une société qui roule tellement sur le capot qu’un piéton est insidieusement devenu « un automobiliste qui a trouvé le moyen de garer sa voiture. »
– La voiture offre la liberté de partir où l’on veut, quand on veut, avec qui on veut !
– Drôle de liberté que celle de s’attacher et de porter son attention sur des panneaux d’interdictions afin d’éviter l’accident ou l’amende, vous ne trouvez pas ? Je vous signale aussi qu’il faut presque six mois de travail à un employé pour payer les frais annuels de sa voiture !   (2)  Plutôt que de liberté, je parlerai donc plutôt d’aliénation : le système nous vend la voiture comme un rêve alors qu’il s’agit d’un cauchemar, d’une drogue dont il est devenu très difficile de se passer…
– Comment faire, alors, pour décrocher ?
– Il s’agit là encore d’aller au-delà des apparences. S’il existe des voitures magnifiques, toutes recèlent sous leur capot le même mécanisme infernal. Le sevrage à l’automobile est difficile car les tentations sont multiples mais les patchs "embouteillages" ou "vélo gratuit" vont dans le bon sens, en attendant la mesure suprême : l’interdiction des voitures en centre-ville qui permettra de libérer les infrastructures pour les transformer en espaces verts, en jardins potagers ou en appartements à prix modérés. Si l’on offre aux citoyens la possibilité de se réapproprier l’espace public, vous verrez comme la vie deviendra vite plus respirable !

Le Mendiant

(1)  « La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con ! »

(2)  Soit une jeune secrétaire. Considérons son salaire horaire (€ 16) et le nombre d’heures qu’elle passe par année au volant (375 heures). Ajoutons-y le nombre d’heures de travail nécessaires pour payer les frais de sa voiture (15.000 km par an multipliés par un coût de €0.48 le kilomètre = € 7200, divisé par €16 = 450 heures !), le temps de son entretien (25 heures) et celui de la recherche de parking (100 heures). Nous arrivons à un total de 950 heures, soit l’équivalent de six mois de travail rien que pour la voiture ! Divisons maintenant le nombre de kilomètres parcourus par ces heures consacrées à la voiture et nous obtenons le chiffre record de 15.8 km/heure, c'est-à-dire la vitesse moyenne d’un cycliste !  Démonstration est faite : en ville, la voiture est un énorme gaspillage de temps et d’énergie.  Cette démonstration se retrouve dans l’ouvrage de Pierre Pradervand, Découvrir les vraies richesses, Editions Jouvence, mais aussi chez l’essayiste Ivan Illitch (La Convivialité, 1973)  qui, lui, obtient une vitesse record de six kilomètres à l’heure ! Le budget transport est en France le second budget des ménages, après le logement mais devant l’alimentation. En 2004, selon l’INSEE, 83% de ce budget revenait à l’automobile.
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