Notre petite place dans la nature…

Publié le par Le Mendiant


Extrait de L’Autre Choix : choisir la liberté et le bien-être !



Nous avons une mesure de notre place au sein de la nature lorsque nous regardons en l’air, vers les étoiles. Malheureusement, c’est désormais plutôt vers les stars des médias que nous nous tournons. Les paillettes de la ville font de l’ombre aux scintillements de l’espace…  Voilà qui est sans doute regrettable puisque, comme le rappelle l’astrophysicien canadien Hubert Reeves, nous sommes tous des « enfants des étoiles » : la vie et l’expansion de l’univers proviennent de la mort et de l’explosion des astres célestes. L’infiniment grand a donné naissance à l’infiniment petit…

Bien sûr, l’infiniment petit participe aussi à la création de l’infiniment grand : « Mes amis indiens me parlaient souvent de la terre que nous foulons, me rappelant qu’elle est composée de la poussière de nos ancêtres. Ils me disaient aussi que les choses ne meurent pas vraiment mais qu’elles se transforment, que le corps humain retourne à la terre pour nourrir les plantes qui, à leur tour, permettent aux hommes de respirer. » rapporte ainsi Marlo Morgan (1)

Nos sociétés sont remarquables : nous nous sommes tellement coupés de la nature que nous voilà à taquiner nos semblables à coups de séjours à la campagne. C’était le principe d’une émission de télé-réalité : s’occuper des animaux, se laver à l’eau froide, se soulager dans le jardin, se coucher à une heure décente, se lever avec le soleil, s’alimenter sainement, vivre ensemble, communiquer,… Quelles horreurs ! Pas étonnant que certains craquent !  A se demander si la nature de l’homme moderne a encore de nos jours quelque chose de naturel…

Car que faisons-nous d’habitude ?  Nous mangeons à outrance des aliments industriels aromatisés, passons nos soirées devant la télévision, dormons mal, gavons notre organisme de médicaments, communiquons par portables, polluons le monde, abrutissons nos sens à coups de décibels ou de parfums chimiques, travaillons pour gagner et consommer toujours plus…  Et qui admirons-nous ? La jet-set qui évolue dans un monde encore plus superficiel et artificiel que le notre…

Bien sûr, vous n’êtes pas comme ça. Moi non plus. En tout cas pas autant. Enfin, pas tout à fait… Nous essayons de garder le contact avec la nature. Il s’agit généralement de doses homéopathiques : je prends un arbre que je dilue dans un volume de routes-voitures-bâtiments ; je prends une balade dans un parc que je dilue dans un volume de métro-boulot-télé-dodo, je prends quelques semaines à la montagne ou à la mer que je dilue dans un volume de travail-routines-habitudes…  Mais les résultats globaux ne sont pas probants : jusqu’à 75% de toutes les consultations de médecins généralistes seraient de nos jours liées au stress (2)


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Malaisie, 1998 © Benoît Saint Girons


La nature serait-elle la cause de notre stress ? « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » disait Pascal. C’est effectivement le principe de l’émission : prendre une personne civilisée, lui enlever le confort de la civilisation et s’amuser de son mal être, confortablement installés sur nos canapés.  Depuis qu’elle existe, l’espèce humaine a lutté pour se préserver de la nature et, il n’y a pas si longtemps, nous n’étions pas spectateurs mais acteurs. Nos ancêtres étaient-ils davantage stressés ou non ? Avaient-ils seulement le temps de l’être ?

L’explosion d’une étoile massive libère plus d’énergie qu’un milliard de milliards de bombe H.  En 1883, l’éruption du volcan indonésien Krakatoa fut perçue à 5000 kilomètres. Au 14ème siècle, entre 1347 et 1352, la peste noire fit 25 millions de victimes en Europe soit un tiers de sa population. Le moindre incident climatique entraînait disette ou famine. L’homme est intrinsèquement peu de chose au regard de la violence et de la puissance de la nature.

Devant ce danger perpétuel de la nature, la seule ressource de l’homme était son intelligence. Le reproche n’est certainement pas d’avoir essayé de se protéger : la préoccupation était légitime et nous pouvons être reconnaissants vis-à-vis de nos ancêtres pour leurs efforts et indéniables réussites. En deux siècles, l’espérance de vie a ainsi été multipliée par deux.  Le premier problème est d’avoir tant et si bien exploité notre intelligence que ce sont aujourd’hui nos technologies qui représentent les plus gros dangers pour la survie de l’espèce humaine. Le second est de nous être déconnecté de la nature : que m’importent toutes les années gagnées sur la nature si je ne m’y sens pas bien ? 

La nature est toujours là. Intrinsèquement, elle n’a pas changé : elle est toujours aussi puissante, violente et incontrôlable. Notre technologie nous permet de faire sauter la planète mais toujours pas de prévoir la météo avec précision… Encore moins de contrôler les intempéries : inondations, éruptions volcaniques, cyclones et tremblements de terres sont toujours aussi dévastateurs. Même un été trop chaud nous laisse désemparés, comme si un été devait avoir une certaine température !  Pourquoi ne pas demander aussi aux requins blancs de devenir végétariens ou au vent de souffler un peu moins fort ?  Incroyable tout de même cette nature qui ne respecte pas nos exigences de bien-être !  Depuis le temps, elle aurait pu s’adapter !  Mais que fait donc la police ?

De la nature, nous puisons notre vie et notre force : notre survie requiert un air pur, une eau saine et un écosystème régulé.  Les voitures, les usines et les supermarchés ne sont, eux, que des gadgets !  Du point de vue de la santé, ils ne nous aident aucunement à vivre ! S’il serait ridicule de prôner un retour dans les cavernes, il conviendrait tout de même de réaliser que seul un quart de la planète a accès au confort dit moderne et que si le monde entier imitait les excès d’un Nord-Américain, il nous faudrait cinq planètes supplémentaires. Déjà, 50% des forêts tropicales humides ont été détruites depuis la Seconde Guerre Mondiale et les meilleurs experts estiment qu’en 2050, de 30% à 50% de toutes les espèces animales et végétales auront disparu… Tous les ans, 5 millions de personnes meurent pour avoir bu une eau contaminée et 3 millions pour avoir respiré un air pollué. « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas » dit la prophétie d’un Indien Cree.

Reprendre contact avec la nature, ce n’est pas idéaliser la nature mais comprendre la nature des choses. La nature n’est ni morale ni immorale mais amorale : elle ne connaît pas la notion de moralité. Nous ne pouvons donc y porter de jugement de valeur en terme de positif ou de négatif. La nature ne nous aime ni ne nous en veut. Elle existe, indépendamment de nous et intrinsèquement en nous. Elle est ce qu’elle est et ses violences aussi bien que ses beautés sont naturelles.

L’artificiel ne nous satisfait pas. Nous le constatons tous les jours. Nous arrivons à un stade où notre style de vie devient un facteur de dégénérescence physique. L’obésité en est le signe le plus visible : il touche désormais un Français sur dix, un Américain sur quatre et 70% des adultes des îles Samoa du Pacifique.  Les américains ont une expression pour qualifier cette récente évolution : ils parlent de patates de salon (coach potatoes).  Après l’homo sapiens, l’homo zappiens ? Une patate de salon est inapte à survivre en dehors de sa friteuse, de son environnement protecteur bien huileux et bien gras. Le moindre effort physique lui est douloureux et elle est logiquement la première à disparaître lorsque la nature a le malheur de se manifester. La nature devient ainsi encore plus dangereuse et tout doit être fait pour la maîtriser et l’oublier.  Est-il surprenant que les américains, parmi les plus affectés par cette pathologie, soient également les plus grands pollueurs et gaspilleurs de la planète ?

 


Le Mendiant



(1) Marlo Morgan, Message des hommes vrais au monde mutant. Une initiation chez les aborigènes, J’ai Lu, p.110
(2) « Les études cliniques suggèrent que 50 à 75% de toutes les consultations chez le médecin sont motivées avant tout par le stress, et que, en terme de mortalité, le stress est un facteur de risque plus grave que le tabac », David Servan-Schreiber, Guérir, Robert Laffont, p.18  Le stress serait en outre la première cause d’arrêt-maladie en France.

Publié dans REFLEXIONS

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