Mail adressé au directeur du journal La Décroissance (1):
J’apprécie le réveil que votre journal procure tous les mois à mes quelques neurones mais je commence à être troublé par votre dogmatisme.
Illustration avec votre article sur Maud Fontenoy. Que lui reprochez-vous exactement ? Passons en revue vos différents arguments.
Elle ne ressemble pas à Gandhi ou au Che ? Désolé mais nous sommes quelques milliards dans ce cas et cela ne constitue pas encore un crime contre l’humanité.
C’est une « petite bourgeoise » ? Pourquoi « petite » ? La taille a-t-elle quelque chose à voir avec votre apparente haine de la bourgeoisie ? Serait-elle plus
estimable si elle était une « grande bourgeoise » ou une « moyenne prolétaire » ? Depuis quand la naissance constitue-t-elle un argument à charge en matière d’écologie ?
Elle a pour ami Nicolas Hulot ? Evidemment, les amis de mes ennemis sont mes ennemis… et tous ceux qui s’intéressent à l’écologie via les différentes actions de Monsieur Hulot ne peuvent
être que des traîtres à la solde des multinationales…
Elle est sponsorisée par L’Oréal et le fabricant de bateaux Bénéteau ? C’est vrai qu’il aurait mieux valu qu’elle le soit par Biodine et un fabricant de tracteur… A quand un
bateau estampillé La Décroissance sans voile pour surtout ne pas avancer ?
Elle « fait la morale au bon peuple travailleur » sur la radio « du marchand d’armes Lagardère » ? C’est vrai que c’est un cran en dessous que de faire la morale à la
Terre entière dans un journal confidentiel. Mais osons une hypothèse farfelue : et si le « bon peuple travailleur » était heureux de l’entendre, notre navigatrice ? Salaud de « bon peuple
travailleur » ?
Elle s’amuse avec l’argent des contribuables ? Il est en effet d’usage pour l’Etat d’aider ses grands sportifs, pour le prestige de la France, mais ne regrettiez-vous pas un instant plus
tôt qu’elle soit sponsorisée par des entreprises privées ?
Elle fréquente Sarkozy ? Alors là, forcément, c’est rédhibitoire… même pour une aventurière habituée à naviguer en eaux troubles…
Elle n’a pas de temps à consacrer au gouvernement ? Mais qu’auriez-vous écrit si elle y était entrée ? Allez-vous bientôt lui reprocher de ne pas vouloir « travailler plus pour gagner
plus » ?
Elle a validé les résultats du Grenelle de l’environnement ? Certes mais cela prouve au mieux sa naïveté. Là encore, elle n’est pas seule !
En définitive, j’ai l’impression que le cœur du dossier Fontenoy est qu’elle se soit permise de parler d’écologie sans vous consulter au préalable. Quelle indécence alors qu’il est de notoriété
que vous avez le monopole des idées ! Pire : les médias ont donné à ses propos plus d’échos qu’aux vôtres… et elle est plus célèbre que vous ! Je sais, c’est frustrant mais la
jalousie est-elle une raison suffisante pour la démolir ?
Votre article caricatural dessert il me semble la juste cause de la décroissance. Votre manichéisme et radicalité sont contreproductifs car le modèle que vous proposez n’est pas réaliste.
Avec vous, nous sommes trop souvent dans la tyrannie de l’écologie, dans le mythe du surhomme parfaitement cohérent et respectueux de l’environnement. Or, ce n’est pas en visant la perfection que
l’on pourra modifier les mentalités mais en permettant à chacun de réfléchir aux améliorations possibles en lui exposant, encore et toujours, les manipulations du système.
« L’homme ne peut pas accomplir de grandes choses sur cette terre. Mais il peut accomplir de petites choses avec amour » disait Mère Teresa. Conserver à bord tous ses déchets ou
couper le robinet lorsque l’on se lave les dents, cela ne sauvera certes pas la planète mais c’est un début !
Si l’on souhaite éviter l’hypocrisie ou la dictature, il est indispensable de placer l’homme au cœur de sa propre réflexion : à chacun de décider de son niveau de cohérence entre sa vie et ses
valeurs ! A chacun de se convaincre des avantages de l’action écologique ! Voilà pourquoi je préfère l’expression « simplicité volontaire » au terme « décroissance ».
J’ai trop souvent le sentiment que La Décroissance n’est pas le journal de la joie de vivre qu’il prétend être mais plutôt le journal de la frustration d’objecteurs de croissances plus
ou moins aigris. Vos articles sont intéressants mais l’idéologie sous-jacente sent le renfermé. D’ailleurs, vous êtes tellement repliés sur vous-même que vous osez écrire « Attention aux
infiltrations » ! La décroissance serait-elle une idéologie déposée ? Devons-nous vous demander l’autorisation avant d’en parler ?
Pauvres intervenants du site www.decroissance.info traités sans aucun procès de « pseudo-libertaires haineux et refusant toute limite »
! C’est vrai qu’en matière de limite, vous vous y connaissez : il n’y a que les vôtres !
Menez-vous donc Monsieur Cheynet une vie tellement exemplaire qu’il vous est possible de tout juger d’en haut ? Tout casseur (de pub) que vous êtes, l’intégralité de votre existence
est-elle bien conforme à vos prêches ? N’avez-vous vraiment ni télévision, ni portable, ni voiture ? Ne prenez-vous jamais l’avion ? Ne consommez-vous que du bio sur les marchés ou
dans de petites boutiques ? Et comment vous chauffez-vous ? Comment réalisez-vous votre journal ? Comment vous habillez-vous ?
J’ai idée qu’en matière d’écologie, vous agissez comme chacun d’entre-nous : vous faites de votre mieux ! Mais comme vous vous permettez de critiquer ceux qui le font, de leur mieux, et que
vous vous payez même le luxe d’humilier ceux qui vont un peu au-delà (en leur raccrochant au nez par exemple (2)), vous méritez bien le titre d’écotartufe du mois prochain. Vous verrez, on
n’est jamais mieux servi que par soi-même !
Le Mendiant
Le pire n'est pas une fatalité! Parlez-en autour de vous...
PS : je tiens à préciser que je ne suis fan ni de voile, ni de Maud Fontenoy. Il me semble simplement que quelqu’un qui réalise de tels exploits et qui déclare « On vit trop dans la
tristesse, la morosité. J’ai envie de donner [aux jeunes] un souffle, de leur dire : la vie est belle, lancez-vous, allez au bout de vos rêves, c’est possible, rendez-vous heureux. Ce n’est pas
une question de gros bras, d’argent, mais de passion. » (Figaro, 17 avril 2004) mérite un traitement un peu plus objectif et nuancé!
(1) Qui me l'a renvoyé sans le lire, ainsi que le mail d'explication qui suivait... Du coup, j'ai demandé la résiliation de mon abonnement!
(2) M. Vincent Cheynet m'a raccroché en nez lorsque je lui ai demandais s'il ne pouvait vraiment pas relayer l'opération Lib'airté et mon conte écologique gratuit De l'air! dans sa
publication. Un bel exemple de décroissance... des rapports humains!
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