Les suggestions de présentation : poisson d’avril !

Publié le par Le Mendiant


Pourquoi avec l’industrie, c'est le 1er avril toute l'année…



Nous avons tous remarqué qu'il y avait une différence notable entre la présentation officielle du produit et ce que l'on retrouvait dans son assiette…


Les industriels ont l’obligation de faire figurer sous leurs photos la mention « suggestion de présentation » mais certains en usent et en abusent… De la présentation proprement dite c’est-à-dire de tout ce qui illumine et décore l’assiette, nous sommes en effet insidieusement passés à la préparation elle-même, qui ne devrait pourtant pas porter à confusion sous peine de « publicité mensongère ».

Un petit schéma valant un long discours, le site allemand Pundo a eu la bonne idée de photographier le packaging, la photo « officielle » et le résultat « réel » dans l’assiette. La différence saute aux yeux. Présentée avec plein de petits légumes sur le packaging, le riz se retrouve ainsi privé de tout… sauf d’un petit pois. Pas de doute : les industriels nous prennent vraiment pour des légumes !  Voir aussi l'article de Marie-Dominique Arrighi, Des packagings très trompeurs.





Dans le film "chute libre", Michael Douglas oblige un manager de fast-food – sous la menace d'un flingue – à reconnaître les différences entre le hamburger servi et les photos au-dessus des caisses… mais les non-violents feraient mieux de traiter le problème à la source et d’éviter le plus possible la basse-cour industrielle.  Pour ne pas tomber dans le panneau publicitaire, le mieux est encore de ne pas trop s’approcher !

Mais il n’y a pas que le travail sous Photoshop qui permet de rouler le consommateur dans la farine raffinée et l’on retrouve la « suggestion de présentation » sous divers autres travers :


La suggestion de la nouveauté

« De nombreux clients se font piéger et n’hésitent pas à payer deux fois plus cher un simple produit de base uniquement en raison de son emballage. Au pays de la grande distribution, l’habit ferait-il le moine ? » s’interroge Florence Humbert du magazine Que Choisir. (Février 2005, p. 48)

Les nouveautés n’ont souvent de nouveauté que le nom. « L’innovation marketing mineure» est en effet la meilleure technique pour augmenter les prix sans trop mécontenter les consommateurs: un nouveau packaging, une campagne de pub bien ficelée et la disparition des anciens produits laisseront peu de choix aux fidèles clients et en attireront peut-être de nouveaux.

« C’est ainsi qu’au rayon hygiène féminine apparaissent des serviettes pour la nuit et d’autres, plus fines, pour le jour. Bilan : 40,63% d’augmentation [de prix]. Les serviettes basiques ont baissé de 0,1%. Mais ces serviettes-là sont introuvables. » note par exemple Marianne (25 septembre 2004, p. 41)






La suggestion des vertus écologiques du produit

« Et toutes ces pages de pub sont peinturlurées en vert, vert pomme, vert gazon, vert de l’espoir : le vert est devenu la couleur préférée du Medef, des multinationales et du CAC 40. Ils ont gagné du fric en polluant (et en réchauffant), ils vont gagner le double en dépolluant (et en réchauffant un peu moins) ! » note Jean-Luc Porquet dans Le Canard enchaîné (4 juillet 2007)

Le vert serait-il dans le fruit ?  C’est le pesticide RoundUp qui s’affiche autodégradable (la firme Monsanto à bien été condamnée pour « publicité mensongère » mais à 15 000 euros d’amende seulement! Une suggestion de présentation de la justice ?)  C’est le « moteur qui respire » du 4x4 Ranger Rover…  Ce sont toutes les entreprises les plus polluantes qui s’achètent une virginité en parrainant les associations écologiques…

Sur ce sujet, les personnes intéressées pourront se référer à mon petit conte écologique GRATUIT De l’air !



La suggestion des vertus santé du produit


« L’effet le plus avéré de ces produits est un allègement… du porte-monnaie des consommateurs. Selon les spécialistes du secteur, un alicament est en effet vendu en moyenne 50 à 100% plus cher que le produit standard équivalent. Parfois, c’est carrément le triple du prix normal, sans que cette inflation soit justifiée par le coût des ingrédients utilisés. La facture est d’autant plus salée qu’il faut, dans la plupart des cas, consommer ces produits régulièrement pour ressentir l’effet promis. Prenez Essensis, le yaourt lancé il y a un an par Danone. […] Pour que ce soit efficace, le géant des produits laitiers préconise de manger deux de ses petits pots roses par jour. Soit une facture d’environ 35 euros par mois. » (Cédric Pietralunga, Capital, Avril 2008, p.67)

Alicaments à part, les consomm’acteurs les plus avertis connaissent les saloperies chimiques dont sont richement dotées la plupart des préparations industrielles : exhausteurs de goûts, aromes, conservateurs, édulcorants, graisse hydrogénée, sucre raffiné,… Lorsque que « l’être » est aussi nauséabond, on comprend qu’il soit opportun de mettre l’accent sur le « paraître » !





La suggestion « bien-être » du produit

Le système n’a aucun intérêt au bien-être des individus car le malheur est un fonds de commerce autrement plus rentable : la pauvreté nous pousse à idéaliser l’argent, le cholestérol à multiplier les régimes, les rides à fantasmer sur les cosmétiques (ou maintenant les yaourt !), la maladie à abuser des pilules, le besoin d’intégration à suivre la mode, les frustrations à nous engraisser…

Mais le système avancera le plus souvent masqué et il ira même jusqu’à organiser des salons sur la santé et le bien-être à la gloire des industriels.   Cela ne coûte rien de promettre le bonheur et les frustrations qui en découlent rapporteront beaucoup. Les promesses n’engagent finalement que ceux qui dépensent…

« Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur Photoshop […] Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas. » commente Frédéric Beigbeder dans son livre 99 francs…

C’est en effet le rôle de la publicité que de transformer le crapaud en prince charmant : un produit banal devient une innovation extraordinaire et extrêmement sexy qu’il me faut absolument acquérir ou déguster sous peine de passer pour un has-been coincé du portefeuille. Et si je fais mine de résister, la pression de mes enfants saura vite me convaincre…

Dans une enquête publiée fin 2006, le BVP jugeait 4 pubs sur 10 de nature trompeuse et susceptible d’induire le consommateur en erreur. Serait-ce la raison pour laquelle le nombre de « publiphobes » dépasserait désormais celui des « publiphiles »   ou que 50% des français estimeraient que la publicité est dangereuse   ?  Et l’Alliance pour la planète de s’interroger : « Que fait le BVP ? », rappelant au passage que ce « Bureau » est une association loi 1901 regroupant… des publicitaires !

Peut-on attendre quoi que ce soit d’une profession dont l’objectif est de « toucher le temps de cerveau disponible » afin de vendre toujours plus de produits ?  Si le produit était vraiment bon, aurait-il besoin du matraquage publicitaire ? Que la publicité fasse ou non rêvée et qu’elle soit plus ou moins créative, sa fonction première reste la manipulation de nos neurones de manière à obtenir une réaction d’achat. Perdu devant les 40 000 à 130 000 références d’un hypermarché, que vais-je être incité à choisir en effet sinon le produit « vu à la TV » ?  Trop de choix tue le choix !

Bref, comme je le suggérai dans mon livre Le Choix de la Consomm’action, peut-être conviendrait-il avant tout achat, de se poser les quelques questions suivantes :

D’où vient mon idée d’achat : de moi ou d’une publicité que j’ai vue, lue ou entendue ? Cette publicité est-elle honnête ou exagérée ? Vais-je vraiment changer de vie en achetant ce produit ?  Ai-je obéi à un effet de mode ?  S’est-on moqué de moi parce que je n’avais pas ce produit ? La photo ou la mise en scène de ce produit correspondent-ils vraiment à la réalité ? Suis-je placé en mode « achat » par les circonstances : fêtes, anniversaires, soldes ? L’emballage cache-t-il la forêt ? Ce nouveau produit est-il vraiment si nouveau que cela ou bien simplement mieux relooké et plus cher ?





Enfin, last but not least, la suggestion d’expertise!

Quand une nutritionniste recommande l’aspartame au motif que le produit est « très festifs, mais acalorique », ou conseille la crème fraîche sur l’huile d’olive, on peut légitimement s’interroger sur sa formation. Lorsque l’on apprend qu’elle est responsable d’une société de nutrimarketing et nutritionniste conseil d’un groupe industriel, on peut s’interroger sur son indépendance voire son éthique…  Voilà une vérite qui… démange !

Lorsque Léon Guéguen, Directeur de Recherches honoraire de l’Inra, ancien directeur du Laboratoire de nutrition et sécurité alimentaire du Centre de recherches de Jouy-en-Josas, membre de l’Académie d’agriculture de France et rapporteur à l’Afssa (ouf !), écrit un article pour dire que l’agriculture biologique n’est pas durable et que  les aliments bio ne sont pas meilleurs pour la santé (voire sont plus dangereux !), on peut s’interroger sur son dogmatisme.


Les experts ont toujours été utilisés pour semer le doute chez les consommateurs. Comme le notait Al Gore dans son film "Une Vérité qui dérange", « Sur 928 publications dans des revues scientifiques, le désaccord [sur le réchauffement] était de 0%. Une autre étude sur les médias populaires a retenu un échantillon de 636 articles. Plus de la moitié (53%) disaient "C'est peut-être un problème mais peut-être pas."Pas étonnant que la confusion règne dans les esprits. » Et de citer  Upton Sinclair : « Difficile pour un homme de comprendre une chose si son salaire dépend de ce qu'il ne la comprenne pas. »

D’où peut-être le fait que nombre de nutritionnistes et diététiciens ne veulent surtout pas s’intéresser à l’agriculture biologique : on n’aurait plus besoin d’eux !

Comme je l’écrivais dans mon article « Des experts à expertiser », confronté à un expert, la première chose à faire serait donc de nous interroger sur son pedigree, ses motivations et ses éventuels conflits d’intérêt. Tous les professionnels ne sont évidemment pas malhonnête mais l’argent est la première source de corruption et il en coule davantage chez l’industriel que chez le petit artisan ou le magasin bio !

Le pire n'est pas une fatalité... Parlez-en autour de vous!


Le Mendiant
www.lemendiant.fr
Opération Lib'airté: un petit conte écologique gratuit à diffuser...

Publié dans COUPS DE GUEULE

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Mari 28/06/2008 09:18

Non mais il y a des choses qu'on se demande comment quelqu'un peu payer pour ça tout en regardant la boîte...

Vitureau 12/04/2008 14:05

C'est vrai que c'est écoeurant, dans tous les sens du terme!!! Je regarde ça après manger... Pas top!! En même temps, libre à nous de ne pas acheter ce genre de produits! Personnellement, je résiste à tout ce qui est plats préparés, pâtisseries industrielles et autres sauces en tube. Ce que je fais ne ressemble pas à ce qu'on mange à La Tour d'Argent, mais au moins, c'est moi qui l'ai fait, et je sais vraiment ce que c'est!! Bon appétit!