Le Mendiant: La douloureuse responsabilité

Publié le par Le Mendiant

La douloureuse responsabilité

Dialogue entre Jean-Jacques et le cancéreux
(Extrait du conte Le Mendiant et le Milliardaire de Benoît Saint Girons, Editions Jouvence)


[…]

Jean-Jacques s’accorda un instant de réflexion. Oui, ce cancéreux n’avait pas totalement tort : le système renforçait les inégalités et prospérait sur la misère. La valeur financière d’une société n’augmentait-elle pas à chaque annonce de licenciements ? La bourse n’avait-elle pas surfé allègrement sur le tsunami asiatique ? « Il faudrait peut-être que je jette un coup d’œil sur mes affaires, se dit-il en conscience. Je participe sans doute aussi à cette gabegie… »

 

– Je vous remercie de m’avoir ouvert les yeux sur tous ces problèmes, reprit Jean-Jacques.
– Il n’y a pas de quoi, répondit le malade. J’attends avec impatience le moment où tout pétera !
– Comment ?
– BOUM ! Une bonne grosse explosion qui mettra tout le système à terre…
– Alors là, je ne vous suis plus, vous ne pouvez pas à la fois dénoncer la violence et l’appeler de vos vœux…
– Mais si, puisque c’est pour la bonne cause !
– La violence serait fondée à partir du moment où elle servirait vos intérêts, c’est ça ?
– Pas seulement mes intérêts, mais aussi ceux de tous les opprimés. Après tout ce qu’on a subi, c’est de la légitime défense !
– Mais quand tout cela s’arrêtera-t-il ? Quelle différence pour la balance du monde si les oppressés se transforment en oppresseurs ? Pourquoi ne pas rejeter une fois pour toutes  la violence ? Comment réformer un système sans changer les règles du jeu, sans commencer par se réformer soi-même ? C’est un peu facile de s’en prendre à tout le monde, sauf à soi-même !
Qu’avez-vous fait, VOUS, pour améliorer les choses ?

 

Cette attaque soudaine atteignit le malade en pleine figure. Il en resta bouche bée. Il avait l’habitude d’être plaint ou ignoré, pas d’être bousculé. Son visage, qui s’était endurci au fur et à mesure de ses diatribes, s’assombrit d’une infinie tristesse. La tête baissée, il finit par répondre :
– Regardez-moi. La seule excuse qu’il me reste devant le gâchis de ma chienne de vie, c’est de me dire que ce n’était pas de ma faute. Et vous voulez m’enlever ce dernier réconfort ? J’essaie justement de ne pas trop penser à ce que j’aurais pu faire. Regretter, ça ne me sert plus à rien maintenant…

[…]

Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

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