Système: Sous la surface des cosmétiques

Publié le par Le Mendiant

LE DOSSIER DE LA SEMAINE : Système

Sous la surface des cosmétiques


Le terme « cosmétique » vient du grec « kosmos » et signifie « parure », c’est-à-dire « qui embellit et qui décore ». Le caractère superficiel des cosmétiques est donc étymologique avant d’être légal : si une crème agit au niveau du derme, si elle va plus loin que la jonction dermo-épidermique, si elle a – donc – des principes vraiment actif, cela n’est plus une crème mais un médicament et il lui faut une autorisation de mise sur le marché (AMM) ! Exit aussi le marketing puisque les médicaments sont interdits de publicité…

Or les marchands de crèmes ont un besoin impérieux de marketing : n’oublions pas qu’ils vendent avant tout du rêve !   « Pourquoi certaines crèmes sont-elles si chères » s’interroge ainsi le magazine Psychologies, rappelant que des petits pots de crèmes dépassent parfois largement les 200 euros ?  Réponse :  parce que le prix élevé rassure les consommatrices. « Pour elles, il est forcément synonyme de performances accrues. En s’offrant une crème de luxe, elles ont vraiment l’impression de faire un cadeau royal à leur peau. Et elles s’impliquent davantage. Elles sont plus attentives à leur peau, à leurs gestes. »  De là à penser que c’est ce soin "extérieur" apporté à la peau ainsi que l’effet placebo qui font toute la différence, il n’y a qu’un pas…

…que nous franchissons !  En effet, dans un test de la revue Que Choisir paru en Janvier 2006 sur les crèmes antirides, c’est la crème la plus chère est justement la moins efficace !  « Les accroches commerciales des fabricants de cosmétiques ne reculent devant rien pour attirer les consommatrices naïves avec des promesses pour le moins douteuses. » précise le magazine de défense des consommateurs.  En réalité, tests à l’appui, il faudrait quasiment un microscope pour constater les améliorations !  Logique puisque, comme le rappelle le magazine, « il leur est interdit d’agir sur le derme » alors que « c’est essentiellement à son niveau que se produit le vieillissement de la peau. »


Dessin Jean Philippe Combaz pour Satoriz

Le vieillissement de la population associé à un refus du paraître vieux, vieux complexe habilement entretenu par les magazines féminins et les médias, a néanmoins entraîné un boom des produits de soins anti-âge.  Tout serait bon pour ne pas vieillir !  Tout, même des produits nocifs pour la peau ?

Les consommateurs n’en ont pas toujours conscience mais les industriels ont poussé la perversité jusqu’à vendre à prix d’or des crèmes aux composés parfois allergènes, irritantes voire même cancérigènes ! 

L’AFSSAPS (l’autorité qui surveille les produits de santé) a achevé en 2006 une étude confidentielle menée par ses services en 2005 pour évaluer les effets indésirables des cosmétiques. Les résultats de l’étude – qu’un journaliste du Parisien a pu consulter grâce à un médecin allergologue inquiet – indiquent que 122 accidents graves de santé provoqués par les cosmétiques on été recensés en France.  Et combien d’accidents secondaire ?  CHUT ! C’est confidentiel…

Au total, des cosmétiques dénombrent en effet jusqu’à 21 composants « indésirables » !  « Et dire que certains appellent cela des « soins de beauté » ! » s’étonne l’aromatologue Jacques Paltz. Au hit-parade des agresseurs de la peau, se trouvent l’aluminium, les parabens et les microbilles de silicone.

Les parabènes sont désormais tristement célèbres.  80% des produits de soin et d’hygiène en contiendraient mais attention : tous ne posent pas les mêmes problèmes à savoir une perturbation du système endocrinien et des effets toxiques sur la reproduction. Si le méthylparaben et l’éthylparaben ne semblent pas poser trop de problèmes, le butylparaben ou l’isobutylparaben sont bel et bien déconseillés.

Rita Stiens, l’auteur de l’excellent La Vérité sur les cosmétiques, recadre toutefois le débat : « Je trouve la campagne française « sans parabènes » regrettable. En comparaison avec d’autres conservateurs de synthèse, les dérivés de formaldéhyde par exemple, les parabènes sont moins problématiques. Mettre en avant des étiquettes « sans parabènes » peut sérieusement induire le consommateur en erreur. » déclare-t-elle dans le magazine Vivre Autrement.

Induire le consommateur en erreur ?  Mais évidemment : le marketing a obligation de faire passer des vessies pour des lanternes !  Quel serait d’ailleurs l’intérêt du matraquage publicitaire si les produits étaient vraiment bons ?  Tant que le paraître l’emportera sur l’être, faire passer pour naturel des produits bourrés de composés chimiques de synthèses sera la règle du jeu. Un consommateur « mal dans sa peau » est de toute façon un bien meilleur consommateur !

Et maintenant, que faire  ? 

Avec une surface dépassant 1.80m2 pour une personne de taille moyenne, la peau constitue l’organe le plus étendu du corps.  A travers les innombrables pores qui la composent, son rôle est de tenir lieu à la fois de protection et d’échange avec l’environnement.  Ainsi, prendre soin de sa peau représente aussi bien le début d’une bonne hygiène de vie que son aboutissement et concerne aussi bien les femmes que les hommes. Les produits de soins que nous utilisons devraient être en totale cohérence avec notre manière d’être, à l’instar de notre choix de nourriture et de cadre de vie.

Les produits chimiques, agressifs pour la peau, devraient donc sortir de nos salles de bain ! Le Guide Cosmétox réalisé et diffusé par Greenpeace dresse une liste de produits par types et par marques des plus aux moins recommandables. www.greenpeace.fr   La liste des ingrédients nocifs des cosmétiques se trouve dans le livre de Rita Stiens La Vérité sur les cosmétiques mais aussi sur le site américain www.ewg.org  

Pas de panique ! Des alternatives vraiment naturelles et moins onéreuses que les grandes marques existent. Les fabricants aux labels bio ont ainsi enregistré en 2005 une croissance de 40%.  Bon nombre d’entre eux mettent en avant des extraits de plantes. Les huiles essentielles représentent néanmoins le haut du pavé en matière d’efficacité.  En effet, contrairement aux autres ingrédients qui se contentent d’agir en surface, les huiles essentielles pénètrent jusque dans l’hypoderme (c’est à dire sous le derme) et la circulation sanguine « Les personnes allergiques aux substances odorantes tolèrent bien mieux une huile essentielle pure, que sa substance isolée et synthétisée. » rappelle aussi Rita Stiens.

Le premier geste d’une bonne hygiène de peau reste toutefois l’hydratation et, de fait, l’eau représente au minimum 70% de la composition des crèmes (et jusqu’à 90% !)  Une bonne huile végétale biologique pourra donc avantageusement remplacer des crèmes plus onéreuses. L’alimentation joue aussi un rôle central et c’est la conclusion de Rita Stiens :  « A l’encontre de toutes les promesses publicitaires, les meilleurs produits de beauté sont encore les fruits et légumes et autres aliments frais ». Mais ça, les pubs ne vous le diront pas !


LE MENDIANT
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

 
Sources :
Pourquoi certaines crèmes sont-elles si chères, Psychologies Magazine N°260, Février 2007, Ariane Le Febvre, p. 152
Crèmes antirides : Du rêve avant tout, Que Choisir N°444, Janvier 2007, Florence Humbert, p.16    
Danger des cosmétiques : ils savent tout, mais ils se taisent, Pratiques de Santé N°60, 25 novembre 2006, p.2
Sauvez votre peau !, Biocontact N°163, Novembre 2006, Jacques Palz, p.71
Cosmétiques : du paraben partout !, Quelle Santé N°1, Janvier 2006, Patricia Riveccio, p. 6
Cosmétiques naturels et produits bio : faut-il avoir confiance ?, Vivre autrement N°2, Mars 2007, Sophie Laurenceau, p. 88
Rita Stiens, la Vérité sur les cosmétiques, Ed. Leduc, 2006

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