Débat vicié sur l'identité nationale

Publié le par Le Mendiant

Monsieur Eric Besson nous invite donc à un débat sur l’identité nationale.

 

Passons sur l’effet d’annonce et le ramdam médiatique qui font opportunément oublier quelques récents scandales…

 

Passons sur l’opportunité d’un tel débat à l’approche d’échéances électorales…

 

Passons également sur le parcours de M. Besson aux convictions identitaires et politiques pour le moins sinueuses… « Qui connaît M. Besson ? »

 

Bref, « Qu’est-ce qu’être français ? »

 

D’un point de vue administratif, est notamment français celui qui possède une carte d’identité nationale.  Ma carte arrive bientôt à échéance et la renouveler requiert dans ma commune (les normes ne sont pas les mêmes partout !), un extrait d’acte de naissance avec filiation complète datant de moins de trois mois.  Être français, c’est prouver que l’on est de bonne souche et/ou né en France. La filiation et le droit du sol.

 

D’un point de vue linguistique, le français est habituellement la langue maternelle mais il connaît des variantes plus ou moins dénaturantes, du verlan aux sms en passant par les invectives du style « casse toi pauv’ con ».  Si l’ortografe était un critère d’identité, il n’y aurait plus beaucoup de Français…

 

D’un point de vue scolaire, l’école républicaine et laïque a vocation à accueillir tous les enfants sans distinction de sexe, de race ou de religion. Y introduire un tel débat sans ostraciser les camarades d’origine étrangère relèvera de l’exploit et permettra peut-être à certains professeurs de dépasser les prêtres dans l’échelle des valeurs présidentielle (mais pas d’améliorer l’orthographe des élèves).

 

D’un point de vue sportif, nous ne sommes jamais autant français que lorsque l’équipe de France remporte une coupe du monde. Le reste du temps, les supporters seront avant tout marseillais, parisien ou même algériens ce qui leur permettra de siffler copieusement la Marseillaise et son fameux « sang impur »  Peu importe le melting pot des équipes : pour certains, le maillot sera toujours plus fort que le drapeau !

 

D’un point de vue régional, l’origine géographique continue trop souvent d’alimenter les rancœurs de voisinage, notamment si le « petit nouveau » a le malheur de s’installer sur une terre convoitée. L’identité nationale ne pèse pas lourd face aux préjugés et autres stéréotypes. Bienvenue chez les cons !

 

D’un point de vue européen, l’identité nationale n’a plus lieu d’être. Le Français, plongé dans le bouillon des cultures ne peut que suivre le courant néolibéral. Voter non ?  Un autre vote sera organisé jusqu’à ce que le « oui » l’emporte!  Que l’on ne s’étonne pas après cela qu’il n’y ait aucune identité européenne ! Tant que reste encore l’espoir d’une identité « humaine »…

 

Du point de vue des banlieues ou des ghettos, l’identité nationale est un débat de « nantis ». Lorsque l’on se fait contrôler par la police trois fois par jour ou par semaine, a-t-on vraiment droit à une identité ?  On en vient à rêver à un débat sur l’intégration nationale…

 

Du point de vue de la rue et des Mendiants, c’est encore pire : « En avait-il encore une, d’identité ? Aux regards des passants, ce n’était pas si sûr. Il ne s’attendait pas à ce que l’attitude des autres change aussi brusquement. Car il n’y avait aucun doute possible : la majorité des passants le voyaient ! Il avait pensé que les badauds passeraient sans le voir mais, finalement, ils essayaient surtout de passer sans être vus. Un sentiment de honte se lisait sur leurs visages. Honte d’avoir plus et de ne pas partager, mais aussi colère vis-à-vis de ce mendiant qui leur révélait leur égoïsme et l’envers miteux du système économique… » (Extrait de mon conte philosophique Le Mendiant et le Milliardaire)

 

D’un point de vue médiatique, le Français est de la race des homo zapiens, illuminé par les mêmes feuilletons américains et soumis au flux incessant des mauvaises nouvelles. A cet égard, un mort en France aura toujours plus d’importance qu’une centaine de morts en Afrique. Cocorico et tant pis pour le mythe du « village global » !

 

D’un point de vue économique, la mondialisation pousse à consommer à moindre coût des produits toujours plus lointains. Consommer français ne relève plus du bon sens mais du protectionnisme… et tant pis pour le niveau du chômage qui pourrait bientôt devenir l’une des caractéristiques majeures de l’identité nationale (comme il l’est déjà chez les jeunes et les plus de 50 ans)

 

D’un point de vue politique, l’identité nationale est une notion traditionnellement ancrée à droite avec en filigrane la question « qu’est-ce qu’être un bon français ? ». Pas sûr que nous ayons envie de répondre à ce genre de question…

 

D’un point de vue monétaire, l’euro a remplacé le franc et les prix se sont envolés en même temps que notre marge de manœuvre. La Banque de France est devenue une façade et les banques françaises des unités de spéculation sur le marché mondial (avec les conséquences que l’on connaît.)

 

D’un point de vue écologique, le Français contribue toujours Allègre…ment à épuiser la planète avec une empreinte écologique de 4,9 ha par habitant (contre 2,1 allouable) et une dissémination des centrales nucléaires (le conte écologique du Mendiant De l’air ! est toujours disponible gratuitement)

 

D’un point de vue militaire, le Français est content d’apprendre que son pays est l’un des tout premier fabricant d’armes au monde et que notre Président est capable d’éradiquer toute vie sur terre d’une simple pression sur un bouton. La fierté d’être français tient parfois à peu de chose…

 

D’un point de vue animalier « les français sont des veaux » (De Gaulle) ou des « grenouilles » (frogmen selon nos amis anglais) mais certains les apprécient surtout en moutons.

 

D’un point de vue médical,  le Français est le premier avaleur de médicaments et autres psychotropes au monde, preuve de l’excellente de notre système de santé et peut-être aussi de notre obsession de la performance (titre, au passage, de mon dernier livre aux Editions Jouvence)

 

D’un point de vue culinaire, le Français est persuadé de bénéficier de la meilleure cuisine alors que la majorité des 120 000 restaurants français utilisent des produits industriels. (Cf. le conte alimentaire gratuit du mendiant : Bon appétit !)

 

D’un point de vue naturel, être français relève pour la plupart d’entre-nous du simple hasard : être né dans un pays plutôt que dans un autre. Comment peut-on alors en tirer orgueil ? « Chance ou malchance, qui sait ? »  Seuls les immigrés ont fait le choix d’être Français et ont parfois fait preuve d’un énorme courage pour arriver jusqu’en France.

 

D’un point de vue géographique… D’un point de vue historique (« Nos ancêtres les Gaulois ») D’un point de vue technologique… D’un point de vue physiologique (cela a été tenté dans le passé)… D’un point de vue religieux… D’un point de vue psychanalytique…

 

Nous pourrions continuer longtemps à essayer de trouver ainsi des caractéristiques plus ou moins grossières de la moyenne des français mais tout cela ne saurait définir une quelconque « identité nationale ». La moyenne ne fait pas l’individu et les statistiques ne font pas les sentiments ! Au final, la question apparaît comme mal posée.

 

Plutôt que de s’interroger sur la notion « d’être français », mieux vaudrait s’interroger sur les VALEURS liées à un éventuel SENTIMENT NATIONAL.

 

Les valeurs de la République peut-être ?

 

- Liberté : Liberté de la presse avec des médias aux mains des lobbies industriels ou muselés par l’Elysée ?  Liberté de parole avec un « Sarkozy je te voie » qui mène au tribunal ?  Liberté de déplacement avec un Président obligé de s’entourer d’escadrons de police ? Liberté de pensée avec les anarchistes fichés ou en prison (affaire Julien Coupat) ? Liberté de rassemblement tant que l’on ne critique pas le pouvoir ou le système ?  « La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun » disait pourtant Marc Sangnier... 

 

- Egalité : Egalité des chances pour trouver un travail en tant que Président de l’EPAD ?  Egalité devant les opportunités d’affaires selon que l’on soit ou non passé par la case Fouquet’s ? Egalité de choisir l’école de ses enfants en fonction de ses revenus ? Egalité fiscale de se cacher derrière le bouclier ?

 

- Fraternité : Fraternité de Frédéric Mitterrand à l’égard de Polanski ou des « esclaves » thaïlandais ? Fraternité d’Eric Besson avec les sans papiers ou les Afghans renvoyés chez eux ? Fraternité de Brice Hortefeux vis-à-vis des « Auvergnats » ?  Ces attaques sont sans doute faciles mais la fraternité n’en demeure pas moins la valeur la plus contradictoire avec l’idée d’une possible identité nationale !

 

Les droits de l’homme alors ? 

 

La relégation de Rama Yade en deuxième division (d’un secrétariat d'État chargé des Droits de l'Homme à un secrétariat d’Etat aux sports), les déclarations de Bernard Kouchner « Il y a contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un état, même en France » le jour anniversaire de la signature de la déclaration Universelle des droits de l'homme, les multiples démonstrations de la realpolitik (de l’invitation du Colonel Khadafi à la danse du ventre devant les chinois),… Tout cela démontre la primauté de l’affairisme sur les valeurs humanistes et un reniement de ce qui faisait le prestige de la France.

 

Le droit à la différence, au minimum ?

 

La posture gaullienne (« penser, c’est dire non » disait Alain) a longtemps marqué l’identité et la fierté nationale. Mais voilà que Sarkozy se couche devant Georges Bush (pas besoin de talonnettes dans cette position),  réintègre l’OTAN et envoi des troupes en Afghanistan sous commandement américain.... Résultat ?  Alors que la France bénéficiait d’un singulier prestige à l’international (« J’aime la France parce que vous avez dit non aux américains » me disait un chinois en Chine), la voilà déteinte et décolorée, quand elle n’est pas tout simplement ridiculisée par le népotisme ou la superficialité d’un Président bling-bling. Pour tous ceux qui aiment leur pays, le sarkozysme est une bien mauvaise affaire.

 

Nicolas Sarkozy serait-il schizophrène ?  Comment une gouvernance à ce point en décalage avec les valeurs de la Nation peut-elle inviter à un débat sur l’identité nationale ?  La réponse est que ce débat n’a pas vocation a traiter des valeurs mais à désarçonner la gauche « bien-pensante » et à piquer des voix au Front National.  Il ne vise pas à l’unité nationale mais au déchirement sur fond de racisme et de xénophobie.  Il n’entend pas réaffirmer les droits de l’homme mais au contraire asseoir la domination des puissants sur les plus démunis, les plus « différents. » 

 

Nous aurons donc droit, à l’instar du Grenelle de l’environnement, à un beau discours formatés mais pas grand-chose ne peut sortir d’un tel débat. D’ailleurs, le site Rue 89 relève déjà les censures du site officiel : « vos papiers avant de poster ! »


Au final, la question fondamentale n’est donc pas « Qu’est-ce qu’être français ? » mais « Nous laisserons-nous à nouveau prendre au piège ? »   Jusqu’à quand allons-nous accepter sans broncher un système à ce point « anti-français » ?  Attention: la révolution caractérise également notre identité nationale et, si rien ne change, Marianne pourrait bien avoir à remonter bientôt sur les barricades…

 


 

Terminons avec cette citation de Stéphane Hessel, ancien déporté et résistant et donc bien placé pour témoigner de l’identité nationale : « Il nous appartient tous ensemble de veiller à ce que cette société reste une société dont nous puissions être fiers, c’est-à-dire pas une société où on expulse les sans-papiers, pas une société où on diminue la Sécurité sociale, pas une société où la presse et les médias sont largement entre les mains des possédants. » (Jean-Luc Porquet, Canard enchaîné, 4 novembre 2009)

 

Cordialement,

 

Le Mendiant

http://www.lemendiant.fr

Publié dans COUPS DE GUEULE

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Michel 27/11/2009 00:21


Juste une question :
- jusqu'à quand on va supporter le ruissellement sur nos têtes du lisier qui s'écoule des caillebotis de nos "hauts gouvernants" ?
Besson, je vomis sur ton groin toute la bile que tu me fais faire.
Et cette insurrection, elle vient oui ou merde ?
Michel