La société des imposteurs

Publié le par Le Mendiant

 


Société de l’esbroufe, du bling bling, du virtuel… Ecrans de fumée financier et politique pour  masquer la déliquescence des valeurs humanistes et morales… « Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le monde » déclare Néo dans le film Matrix, juste avant de s’éveiller à la réalité. Petit tour d’horizon des dernières impostures de cette société Néo…libérale :

 

« Les imposteurs » titrait le journal l’équipe le 18 juin à propos de l’équipe de France de football au prétexte qu’elle avait sombré face au Mexique. Mais la véritable imposture ne serait-elle pas plutôt dans le fait qu’un joueur "vaudrait" plus de 300 smic (Ribery et ses 400 000 euros de salaire mensuel) ou qu’un gamin mal élevé (Anelka et son « va te faire enculer sale fils de pute » adressé à son entraîneur) puisse avoir été présenté comme un « héro pour la jeunesse » au prétexte qu’il sait manier le ballon ?  Imposture de ces athlètes qui foutent leur corps et leur esprit en l’air au nom d’une performance toute relative. Imposture du football qui, sous l’apparence d’un sport, n’est depuis longtemps plus qu’un cirque ! 

 

Les Guignols de l’info (Canal +) pointent judicieusement le parallèle politique : « L’évènement de ce lundi 21 juin, c’est cette équipe de France honteuse, lamentable, qui nous ridiculise dans le monde entier en enchaînant les scandales :

 

- Dans les buts, Brice Hortefeux, Ministre de l’intérieur condamné pour injures raciales.

- Derrière, Christine Boutin, chargée d’une mission fictive pour 9500 euros par mois.

- Eric Woerth ministre du travail et sa femme Florence, pour l’affaire Liliane Bettencourt.

- Christian Blanc, secrétaire d’Etat au Grand Paris qui s’est fait offrir 12 000 euros de cigares par l’Etat.

- Au milieu de cette équipe honteuse, Christian Estrosi, Ministre de l’Industrie, qui a plusieurs appartements de fonction à Paris.

- Fadela Amara, Secrétaire d’Etat à la ville, qui loge ses frères dans un appartement de fonction.

- Roselyne Bachelot qui a nommé son fils diplômé en art à la tête d’une mission sur la santé.

- Alain Joyandet, Secrétaire d’Etat à la coopération, jet privé et permis de construire illégal.

- Et bien sûr, comme dans toute équipe de France, le traitre Eric Besson.

- Enfin, le capitaine et numéro dix, Nicolas Sarkozy : Epad, affaire Karachi, Affaire Bettencourt, bref, un palmarès sans précédent ! »


Impostures, donc, d’un gouvernement d’arrivistes, qui se préoccupent moins de l’intérêt général que d’enchaîner les privilèges aux frais des contribuables. Imposture de la croissance présentée comme seule voie de salut alors qu’un enfant de six ans comprend qu’une « croissance infinie est impossible dans un monde fini. » Imposture de la finance qui multiplie les gains sans qu’il n’y ait plus le moindre lien avec la production de biens. Imposture de la rigueur qui, au prétexte de notations virtuelles par des agences, multiplie le démantèlement d’acquis sociaux concrets

 

Imposture d’un Grenelle de l’environnement et d’un Daniel Cohn-Bendit plus libéraux qu’écologistes. Imposture de multinationales qui, après avoir s’être enrichis en polluant la planète, continuent à s’enrichir en faisant croire à la dépollution de la planète. Imposture du nucléaire vendu comme une « énergie propre ». Imposture de la Prius, présentée comme LA voiture écologiste alors qu’elle requiert deux moteurs au lieu d’un. Imposture des télécologistes qui infantilisent les citoyens avec le robinet d’eau alors que 90% de la pollution est d’origine agricole et industrielle. Imposture de ces médecins ou de l’OMS aux ordres des labos.  (Sur ces différentes manipulations, voir le conte écologique gratuit De l’air !)

 

Imposture du marketing et de la publicité en général qui, loin de faire rêver (Isabelle Giordano, France Inter), favorise complexes et frustrations. Imposture des petits plats cuisinés aux arômes et exhausteurs de goûts délétères.  Imposture de ces restaurateurs et de leur cuisine d’assemblage. Imposture de ces nutritionnistes – au métier non réglementé – qui compliquent la réalité afin de créer la confusion et renforcer le pouvoir de l’agro-alimentaire sur le « temps de cerveau disponible. » (Sur ces différentes manipulations, voir le conte alimentaire gratuit Bon appétit !)

 

Imposture de ce Président d’association qui milite avant tout pour son ego... Imposture de cet architecte au diplôme de maçon… Imposture de cet artisan qui choisit le régime de la micro-entreprise pour masquer sa micro-compétence… Imposture de ce cabinet de conseils dont les conseils méritent les cabinets… Imposture de cet expert en bien-être qui développe du mal-être chez ses partenaires… Imposture de tous ces « oui, je vais le faire » qui se terminent en attentes interminables…

 

Des plus hauts sommets aux méandres de notre quotidien, nous sommes cernés par les imposteurs au point que l’on en vient à se demander s’il est encore possible de faire confiance à qui que ce soit!  Mais attention car peut-être est-ce justement là que réside le piège : banaliser l’imposture au point de la considérer comme normal ; se méfier de tout le monde et au final ne plus oser critiquer personne ?

 

« Comment donc devait-il l’appeler désormais ? Il ne connaissait même pas son nom. Untel était mendiant, médecin ou chef d’entreprise… Mais comment désignait-on quelqu’un qui se faisait passer pour ce qu’il n’était pas ? Un charlatan ? Un usurpateur ? […] D’ailleurs, n’étions-nous pas tous des usurpateurs à des degrés divers ? Ne vivions-nous pas dans l’illusion de l’être parfait qui travaillait encore à son amélioration ? Plutôt que de paraître, il faudrait bien pourtant un jour finir par être… »  (Le Mendiant et le Milliardaire)

 

Que faire ?  La condamnation de l’imposture devrait, je crois, aller de pair avec une légitime indignation. Car la plus grande imposture du système est de faire croire qu’il n’y a pas d’autres alternatives (TINA There is no alternative), pas d’autre choix :

 

Il n’y a pas d’alternative au capitalisme « le pire système à part tous les autres » (Churchill), c’est par exemple ce qu’on voulu nous faire croire nos gouvernants lorsqu’ils se sont précipités aux chevets des banques pour les aider à vite retourner spéculer. 

 

Il n’y a pas d’alternative pour résoudre la faim dans le monde, c’est ce que le lobby agricole aimerait nous faire croire pour poursuivre sa politique productiviste, oubliant de préciser que l’approche biologique permettrait presque de doubler la production dans les pays en développement.

 

Il n’y a pas d’alternative aux OGM. Il n’y a pas d’alternative aux antennes relais. Il n’y a pas d’alternative à la médecine allopathique… Il n’y a pas d’alternative aux ventes d’armes… Il n’y a pas d’alternative à la technologie… Il n’y a pas d’alternative au progrès…

 

Arrêtons-là le déballage d’idioties. Bien évidemment qu’il existe des alternatives mais ne comptez pas trop sur les médias « officiels » pour vous les proposer.

 

Le système nous parle de profit et de rentabilité ?  Répondons par le partage et la solidarité. Le système nous pousse à aller toujours plus vite ?  Retrouvons le contrôle de la lenteur et la vertu de la patience.  Le système nous dit qu’aucun aliment n’est mauvais et qu’il faut consommer de tout ?  Evitons le plus possible la chimie et l’artificiel. Le système tourne à l’avidité et grâce à notre CONsommation ?  Devenons adeptes de la simplicité volontaire !  « Penser, c’est dire non » disait le philosophe Alain.

 

La société de l’imposture tourne grâce à notre argent et c’est par notre pouvoir de choix que nous pourrons l’orienter dans un sens plus constructif.

 

Le moment est venu de se libérer de l’obsession de la performance (livre aux éditions Jouvence) et d’accéder à une réflexion "supérieure" c’est-à-dire véritablement individuelle.   Cessons de nous mettre sur la pointe des pieds et apprenons plutôt à marcher droit. Cessons de regarder constamment en l’air, vers ceux qui ont plus, et apprenons plutôt à apprécier notre hauteur et à être reconnaissant de ce que nous possédons. Cessons de fantasmer au strass et aux paillettes et analysons plutôt nos rêves afin de retrouver le bon goût des fondamentaux : la générosité, l’utilité, l’amour...

 

Nous n’avons pas besoin de plus de choses pour être heureux mais de davantage d’introspection. En dépit des mauvais exemples du système et de nos dirigeants, la seule variable d’importance n’est-elle pas, au final, d’être honnête avec soi-même ?

 

Frat’airnellement,

 

Le Mendiant

www.lemendiant.fr

 

Publié dans REFLEXIONS

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