LE MENDIANT ET LA PRESIDENTE

Publié le par Le Mendiant

Un beau conte de Noël par Sophie de Menthon, présidente du syndicat patronal Ethic, raconté lors de l'émission Paris-Berlin sur Arte le 19 novembre 2009 et repris par le journal La Décroissance de décembre:

 

"Il y avait un homme qui était très favorable à la décroissance puisqu'il était en train de mendier à la gare de Lyon l'autre jour et je lui dis - j'avais un euro, et donc je lui donne cet euro et je lui dis : "Tiens, soyez gentil: montez-moi ma valise" et, j'ai trouvé ça magnifique, il m'a dit, il m'a rendu mon euro et il m'a dit: "Je suis mendiant, pas larbin", et j'ai trouvé ça extraordinaire, car ça ne pouvait arriver qu'en France ! »

 

Mettez-vous un peu à la place de mon "confrère": il est tranquillement en train de faire son travail et voilà Madame qui débarque et qui, du haut de sa splendeur, lui demande carrément de faire un autre job! 

 

Imaginons la même scène dans une entreprise, la Dame allant par exemple demander à un Directeur financier de lui préparer un café.

 

La réponse "Je ne suis pas un larbin" ne serait-elle pas, dans les deux cas, aussi appropriée ?

 

La mendicité n’est pas un métier ?  Erreur, il s’agit même du plus vieux métier du monde !  Les mendiants sont des inutiles ?  Erreur encore : ce sont d’extraordinaires vecteurs de générosité !

 

A cet égard, Madame de Menthon a perdu une bonne occasion de se donner bonne conscience et de légitimer le nom de son mouvement "Ethic" à peu de frais : 1 euro, c'est donné !

 

Au lieu de cela, elle a estimé de son « devoir de puissante » de lui donner une petite leçon de morale capitaliste: devenir productif en échange d’un salaire de misère...

 

Ce qui aurait été vraiment extraordinaire, c'est que mon "confrère" se lève, porte la valise puis réclame à Madame de Menthon un contrat de travail, une fiche de paie et les cotisations Sécu qui vont avec... sous peine de la dénoncer pour "travail au noir"... (ou "esclavagisme" ?)

 

Madame de Menthon se croyait certainement très maligne mais ce type d'analyse ne dépasse pas le niveau primaire d'une classe d'école de commerce lambda: tous les jeunes battants formatés par le système ont un jour pensé à ce type de réplique, simple variante au fond du "va bosser fainéant!"

 

Madame de Menthon ne faisait qu'illustrer les préjugés de la loi de la jungle appliquée au monde social: les riches sont riches grâce à leur travail; les pauvres sont pauvres parce qu'ils n'ont pas suffisamment bossés!  Chacun est à sa place et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes néolibéraux ! (voir mon dernier ouvrage L’obsession de la performance)

 

Que le Mendiant refuse de porter la valise a dû conforter Madame de Menthon dans cette analyse et c'est cela qu'elle souhaitait exprimer, toute fière, à la télé: « Vous voyez, même si on leur donne du travail, ils n'en veulent pas! », « Vous voyez, c'est ça le problème de la France, c'est ça qui est extraordinaire! »

 

Et bien non!  Le problème de la France, c'est fondamentalement autre chose: c'est qu'une chef d'entreprise pleine aux as considère que transformer un mendiant en porteur de valise ne vaille pas plus d'un euro, qu'un simple euro puisse mettre un homme à sa disposition en un quart de seconde!

 

Car sur le fond, c'est la méthode employée qui est révélatrice du mépris de Madame de Menthon: Un « Excusez-moi mais pourriez-vous m'aider à porter ma valise, je suis un peu fatiguée... » aurait quand même eu plus de classe (et d'humanité) que de balancer un euro suivi d'un condescendant et impératif « soyez gentils, montez-moi ma valise! »

 

Même désespéré, qui pouvait en effet accepter une telle humiliation ?  « Ça ne pouvait arriver qu'en France » ?  Non. Devant un tel manque de respect, la réponse aurait été universelle !

 

L'attitude de Madame de Menthon n'en est que plus surprenante au regard de son analyse du départ: « Il y avait un homme qui était très favorable à la décroissance puisqu'il était en train de mendier à la gare de Lyon l'autre jour. »

 

Il est tout de même curieux, en dehors d'un conte philosophique du style Le Mendiant et le Milliardaire, de considérer les mendiants comme des activistes politiques ou de réels "objecteurs de croissance". Le mendiant philosophe ayant fait le choix de ce type de situation afin d'expérimenter l'humilité et l'ascétisme (comme en Asie ou dans certains pays musulmans) est somme toute rare sous nos latitudes...

 

Mais admettons. A partir du moment où Madame de Menthon considérait la mendicité comme un symbole de "décroissance", comme un acte de revendication politique en faveur d'un autre "système", comment pouvait-elle alors espérer un travail en échange d'un euro ? Pensait-elle pouvoir corrompre le mendiant à si bon compte ? En élargissant le débat, on comprend mieux pourquoi le chômage est considéré comme du pain béni par les entreprises: « les salariés seront bien obligés d’accepter ce qu'on leur donne! »  Et là, ce n'est plus "extraordinaire", c’est monstrueux!

 

Mais n'allons pas trop loin car, en l'occurrence, la réponse est bien évidemment ailleurs: Madame de Menthon ne comprend simplement rien à la philosophie de la décroissance et cela n’a rien de surprenant puisqu'il est « très difficile de faire comprendre quelque chose à quelqu'un lorsque son salaire dépend de ce qu'il ne le comprenne pas. »

 

Cordialement,

 

Le Mendiant

www.lemendiant.fr

Publié dans COUPS DE GUEULE

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Le Mendiant 30/04/2013 16:45


Un autre scandale concerne leurs nouveaux compteurs... notamment la question des ondes électromagnétiques émises!  voir www.protection-ondes.ch

Le Mendiant 30/04/2013 17:25



Absolument: fiabilité problématique, coût important pour le particulier et surplus d'ondes!  



vandendriessche 01/09/2010 16:48



Bonjour,


A mon avis il faut


1 constituer une association structurè (président vice ,trésorier ect,inscrire cette association à la préfecture ,ce qui permet,d'etre reçu "dans" certaines administrations,et d'avoir plus
de"poids"auprés des instances.


2  Proscrire absolument l'accord du prélévement automatique,ce qui permet tant que l'argent n'est pas" parti ",la possibilité d'actions soit ou de par des services comme service
juridique  ,association de consommateurs etc


3 Dans l'absence de prélévement automatique c'est à GDF Dolcevita d'aller en justice


 


Ne pas se laisser impressionner pour couper le service,imputer des amendes des frais ou autres menace,cela n'est possible qu'aprés une décision de justice;


Ne pas oublier que nous ne sommes pas une minoritéé se federer,au lieu de ràler chacun dans notre coin ou d'émettre des actions isolées qui n'iront pas trés loin


seul l'on s'essouffle vite,autant dans l'energie,que dans les moyens d'actions et il y en à


Ne pas perdre de vue que c'est toujours la base qui soutien ou pas les pyramides ,les monuments etc le haut ne tient pas tout seul


Se faire entendre site DCCRF association de consommateur en cette période pré -électorale envoyer des pétitions,mais pour cela il faut me semble t- il etre en groupe.


Cordialement 


 



Le Mendiant 16/01/2011 11:47



Apparemment GDF a remis en place la possibilité de communiquer soi-même sa consommation réelle... Mais combien peuvent réellement accéder à leur compteur ?


Cordialement,


 



daniel3 12/01/2010 17:26


Bonjour
J'aime bien l'histoire du mendiant qui ne peut rirn faire car s'il quitte son poste de mendiant, il risque de passer à côté de la fortune : si jamais un multi milliardaire venait qu'à prendre le
train à la gare de Lyon et que le mendiant ne soit pas là....
Amicalement - daniel


Atlantis 19/12/2009 12:24


Intelligent est très relatif. Elle est aveuglée par ses valeurs, les idées auquelles elle croit, même inconsciemment. Pour la grande majorité des gens, et encore plus quand on "a des
responsabilités", la monnaie (réelle ou virtuelle, papier ou métal précieux) est une façon de mesurer un rapport de force.

"Je suis puissant ("pouvoir d'achat") car avec une heure de travail je peux me payer bien des heures de travail d'un argriculteur, d'un chinois , ... d'un mendiant" .

Les esclaves sont parfois pas forcément humain (dans le cas de l'agriculteur c'est surtout l'énergie pas chère qui fourni la "puissance"), mais c'est la nature qui trinque (pollution, érosion,
perte de diversité, ...).

Que certains fassent plus d'efforts que d'autres ou que certains aient une action plus efficace car bien conçue avant, doit se traduire en mérite effectivement (*), mais de nos jours la notion est
complètement pervertie, il n'y a plus aucun rapport entre le travail/efficacité et l'argent reçu. Alors l'argent n'est plus un outil mais une fin en soit : il convient d'en avoir plus pour dominer
son voisin (sous peine d'être dominé par lui).

(*) à mon avis, mais au moins moi je suis conscient que c'est une valeur, et que pour l'instant j'ai du mal à proposer mieux pour la remplacer.


Le Mendiant 14/12/2009 15:28


Effectivement, Lilychocoolat, cela aurait pu être constructif de cette manière. Mais dans ce cas elle s'y serait prise je crois différemment et  1. Aurait donné la rémunération symbolique
après et non avant le service "Excusez-moi mais pourriez-vous me rendre un service..." 2. Ne se serait pas vanté de cette manière à la télévision.
Madame de Menthon est absolument sincère dans son rôle de Présidente et c'est cela qui fait peur de la part d'une femme pourtant intelligente.

Cordialement,

Le Mendiant