REFLEXIONS

Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /2007 15:54

REFLEXIONS...

« Plus vite, plus haut, plus fort » entendons-nous lors des jeux olympiques.  « Plus belle, plus mince, plus émancipée ! » clament les magazines féminins.   « Plus musclé, plus viril, plus macho » renchérissent les magazines masculins. « Plus ambitieux, plus intelligents,  plus riches »  promettent les ouvrages de développement personnel d’inspiration américaine « Plus travailleurs, plus performants, plus rentables » exhortent les entreprises…

Le « travailler plus pour gagner plus » de notre Président Sarkozy n’est jamais qu’un slogan « de plus » destiné à alimenter le système en frustrations et en complexes.

Car nous voilà prévenu : ce que nous sommes ne suffit plus !  Aujourd’hui, pour « réussir », voire pour être un « bon français », il convient d’être plus humain qu’humain, à l’instar de cette lessive qui, hier, promettait de laver plus blanc que blanc... 

Certes, il est naturel de se développer et une bonne partie de notre croissance se fait on ne peut plus naturellement. Un certain nombre de connaissances et d’habilités sont également nécessaires pour être libre et marcher droit. « Quand est-ce que le sage arrête d’étudier ? Quand on referme son cercueil » disait Confucius.

Mais au-delà de la tête bien faite ? Avons-nous vraiment besoin de nous mettre continuellement sur la pointe des pieds pour essayer de dépasser l’autre au risque, comme le soulignait Lao Zi,  de ne plus arriver à « se tenir droit » ?  Devons-nous systématiquement, lorsqu’on nous demande « comment ça va » répondre par un laconique « très bien, merci ! »  Notre valeur se mesure-t-elle à la valeur de nos stock options ou parts d’entreprise ? « On est tenu d’être honnête, non d’être riche » rappelle un proverbe anglais. Et d’autant plus honnête que l’on est riche, ajouterait Alain. (1) 

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Dessin Jean Philippe Combaz pour Satoriz

 

La question mérite donc d’être posée : dans quelle mesure le développement personnel n’est-il pas devenu le développement du personnel ? Sous un aspect humaniste, sa finalité ne serait-elle pas aussi d’entériner l’état des choses : se changer afin de ne pas changer le système ?

Le double message: « cessez de vous plaindre, prenez-vous en charge » et « travaillez, enrichissez-vous », laisse en effet peu de place pour la réflexion du monde et l’action contestataire. Tout occupé à sa « gonflette narcissique », l’homme deviendrait, au mieux, un acteur du système, au pire, un incapable conscient de sa médiocrité et trop complexé pour oser hausser le ton…

Voilà pourquoi il serait préférable de mettre plutôt l’accent sur l’épanouissement ou le contentement personnel afin de replacer l’homme au cœur de la réflexion : jusqu’où souhaitons nous, individuellement, ne pas aller trop loin ?

Voilà aussi pourquoi le Mendiant est une figure aussi exceptionnelle.

Le Mendiant est l’antithèse du superman, l’antinomique du développement et de la course incessante à la croissance. Il ne clame pas haut et fort : « Regardez comme je suis performant, beau, riche et intelligent » mais : « Voyez comme je suis faible et, si vous le pouvez, aidez-moi ! »  La figure du mendiant est emblématique de la condition humaine : un être bon mais plein de faiblesses, qui a besoin des autres pour vivre et qui n’a pas honte de l’admettre. Est-il besoin de souligner que nous sommes tous, de ce point de vue, des mendiants en puissance ?

Nous avons tendance à l’oublier à la vue de nos malheureux SDF mais la tradition de la mendicité – la plus vieille activité du monde – est aussi parfois associée à  une forme de liberté et de sagesse. Au Sénégal, les disciples d’une confrérie musulmane se font mendiants afin d’apprendre l’humilité et l’ascétisme. En Asie, des moines bouddhistes mendient leurs repas au quotidien. C’est un moine mendiant qui aida le prince Siddhârta à se lancer sur la voie du Bouddha et le sage taoïste déclare : « Souplesse et faiblesse sont conformes à la vie. Rigidité et force sont conformes à la mort. » (2)   Mais nous pourrions aussi évoquer Jésus, Gandhi… ou les véritables épicuriens !  (3)

Le mendiant est un inutile ?  Celui par qui la générosité s’exprime est pourtant considéré dans toutes les religions  comme un vecteur de purification, d’élévation, de mieux-être… Qui pourrait nier de bonne foi que l’on se sent plus léger après avoir donné ?

Au-delà du sage ou du « professionnel » salvateur, la figure du Mendiant peut enfin être évoquée pour son aspect « poil à gratter » : placé en dehors de la société, ne pouvant tomber plus bas, il est le contradicteur du système par excellence!  Le Mendiant, c’est ainsi Diogène, le philosophe cynique qui vivait dans une amphore, mordait les mécréants et faisait tomber les masques. Diogène, l’âme forte, l’esprit libre, « l’incarnation du contre-pouvoir que les philosophes ne devraient jamais cesser d’exercer » selon Michel Onfray. (4)

Un homme libre qui accepte son humanité, se contente de peu, trouve son plaisir en lui-même et porte un regard acéré sur la société : pas étonnant que le mendiant soit autant décrié et redouté par le système ! 

Le système a tout intérêt à endormir notre vigilance et à nous bercer d’illusions car nous serions redoutables en « mendiants » ou en consomm’Acteurs éclairés.  Imaginez par exemple que nous apprenions tous à faire la distinction entre le synthétique et le "sain-éthique".  Qu’en place des logos, nous suivions désormais le logos. Bref, que notre pouvoir d’achat se transforme en véritable pouvoir de choix…

Tout ceci supposerait évidemment de réussir à nous accorder le temps de la réflexion, à arriver à prendre ne serait-ce que cinq minutes par jour pour échapper à la pesanteur des manipulations. « La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun » disait Marc Sangnier mais le système n’a aucun intérêt à la liberté des individus !

Heureusement, le pire n’est pas une fatalité : le nombre de citoyens « réveillés » (à défaut d’être « éveillés ») ne cessent de croître. 17% des Français feraient ainsi déjà partie de la nouvelle famille socioculturelle des "créatifs culturels". Du coup, la sortie de la caverne n’est plus forcément synonyme de solitude.  (5)  La prise de conscience va d’ailleurs souvent de pair avec un regain d’enthousiasme et de convivialité.  Le grand air fait du bien. Parlons-en autours de nous… 


Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…


Notes:
(1) « La morale, c’est bon pour les riches ! […] Une vie pauvre est serrée par les événements ; je n’y vois ni arbitraire, ni choix, ni délibération […] Gardons nos sermons pour les riches, et d’abord pour nous-mêmes. Dès que l’on a quelque chose au-delà du nécessaire, et un peu de loisir, c’est alors qu’on peut diriger sa vie, combattre les maux imaginaires, et préférer la lecture au jeu de cartes, et la citronnade à l’absinthe. » (Alain, Propos 1337, 13 novembre 1909)
(2)  Lie Tseu (Lie Zi), Traité du vide parfait, Albin Michel, 1997, p. 53
(3) Le message d’Epicure est généralement caricaturé en vulgaire hédonisme consumériste. Voir la section philosophie du site du Mendiant pour plus de détails.
(4)  Michel Onfray, Cynismes, Grasset, 1990, p.130
(5) « La société est la caverne, la sortie est la solitude » (Simone Weil, La pesanteur et la grâce, p.248) L’allégorie de la caverne est présentée dans le livre VII de La République de Platon : il est souvent plus confortable de se bercer d’illusions, enchaîné dans son petit confort, que d’affronter la lumière…

Par Le Mendiant - Publié dans : REFLEXIONS
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Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /2007 10:08

REFLEXION

Le 27 septembre, après des semaines de négociations et des dizaines de réunions, les premières mesures écologiques censées garnir le Grenelle de l’environnement ont été fièrement commentées par Jean-Louis Borloo.

S’agit-il d’une remise en cause de la croissance tout azimut ?  De l’interdiction de la culture OGM ?  D’une remise à plat de l’agriculture productiviste à base de nitrates et de pesticides ?  D’une politique de la santé enfin axée sur la prévention ?  D’une véritable réflexion énergétique ?  De la condamnation des lobbies industrielles qui bloquent toute initiative en faveur de l’intérêt général ?

Non, vous n’y êtes pas. Deux mesures sorties du chapeau peinturluré en vert furent mis en exergue: la réduction de la limitation de vitesse de 10km / h sur les routes et une vignette sur les voitures en fonction de leur degré de pollution. Rien de moins que ça !   

Ces mesures courageuses sont à mettre en perspectives avec l’annonce par la SNCF de la fermeture de 262 gares au chargement et déchargement des marchandises… « Il est pour le moins paradoxal qu’une entreprise publique se désengage d’un mode de transport peu émissif, laissant le champ libre aux camions, à quelques semaines du Grenelle de l’environnement. » notait le magazine Que Choisir dans son numéro d’octobre.

Les camions seront donc plus nombreux mais ils rouleront moins vite !  Un point partout, balle au centre ?  A ce propos, la limitation de la vitesse qui réduirait de 3% les émissions du transport figurait déjà dans les propositions de François Bayrou. C’est dire si ces idées sont révolutionnaires. Mais passons…

Le Grenelle de l’environnement se présente donc sous de bien mauvais auspices et il ne s’agit pas d’un procès d’intention. Comment croire en effet à la sincérité écologique d’un gouvernement dont le slogan est « travailler plus pour gagner plus » (nous y reviendrons) ?

Peut-être n’est-il pas aussi inutile de rappeler que l’une des premières mesures du quinquennat Sarkozy fut d’entériner la décision de la Commission Européenne d’autoriser la contamination des produits Bio par les OGM à hauteur de 0,9% (nous y reviendrons également) ?


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Mais revenons quelques mois en arrière… Nicolas,  Hulot celui-là, vient dans l’euphorie générale, de lancer son Pacte Ecologique. Tous les candidats s’appliquent à le parapher : les bonnes intentions n’engagent que ceux qui y croient et il est alors politiquement incorrect de ne pas paraître écolo…

La désillusion sera à la hauteur de l’espérance. Car Monsieur Hulot refusera de concrétiser ses bonnes et nobles idées en action politique. Pire, il renoncera à prendre parti vis à vis de l’un ou l’autre des candidats. Naïveté ou pression de son employeur TF1 ? Toujours est-il qu’au final, c’est le plus mauvais candidat écologique qui sera élu. Sarkozy avait reçu la note de 8,5/20 du groupement d’ONG Alliance pour la planète…

La donne aurait-elle été différente avec les vacances de Monsieur Hulot ?  Les verts y auraient probablement gagné quelques couleurs mais, face à la candidate socialiste, Nicolas Sarkozy aurait en toute logique remporté l’élection. Seul François Bayrou était en mesure de faire obstacle au candidat de l’UMP mais les subtiles manipulations des médias et des sondages lui furent fatales. Mais passons (bis)…

Autre conséquence de l’absence du sympathique animateur: l’hypocrisie aurait été moins générale ! Toutes les entreprises ne se seraient probablement pas senties obligé de repeindre leurs enseignes, marques et logos en vert. Subventions à la Fondation Hulot d’un côté, campagnes de marketing verte de l’autre, le greenwashing (mascarade verte) a tourné à plein régime !   

« Et toutes ces pages de pub sont peinturlurées en vert, vert pomme, vert gazon, vert de l’espoir : le vert est devenu la couleur préférée du Medef, des multinationales et du CAC 40. Ils ont gagné du fric en polluant (et en réchauffant), ils vont gagner le double en dépolluant (et en réchauffant un peu moins) ! » écrit Jean-Luc Porquet dans Le Canard enchaîné du 4 juillet 2007.  « La tendance est aux produits qui s’affichent plus vert que vert. Un vert plus proche des gazons traités au Round Up que des prairies naturelles. Et des allégations trop bio pour être vraies » renchérit le magazine Quelle Santé dans son numéro de septembre.

Aucun doute : le vert est bel et bien dans le fruit (bourré de pesticides) !

Sarkozy, en fin tacticien, signa le pacte de Nicolas Hulot et s’engagea à nommer un vice premier ministre en charge de l’écologie. A qui fait-il appel ?  A son intime ennemi Alain Juppé qui, de retour du Québec, se sent prêt à enfourcher son vélo pour se rendre aux réunions ministérielles…

Patatras !  Voilà que Juppé se ratatine (sans casque) à Bordeaux !  Adieu Juppé et son entremise politique !  L’écologie fera moins d’ombre à la politique industrieuse du nouveau Président : au jeu des chaises musicales, c’est Jean-Louis Borloo, remercié pour sa gaffe sur la TVA sociale, qui hérite du strapontin en bois massif certifié FSC tandis que Christine Lagarde le remplace à Bercy (où elle excelle désormais dans le lyrisme néolibéral)…

L’écologie à nouveau parent pauvre de la politique ?  C’est son drame et son calvaire. Difficile en effet de développer des mesures à la hauteur des enjeux si l’on recherche à tout pris le consensus mou. La négociation est formidable pour les mesurettes mais pour les réformes adultes, il faut avoir des couilles bien accrochées. Pourquoi ? Parce que les lobbies industriels seront farouchement contre !

Une taxe sur les voitures les plus polluantes ?  Est-ce à dire que l’on a le droit de polluer à partir d’un certain niveau de revenus ?  Sommes-nous dans le « Travaillez plus pour gagner plus pour polluer plus » ?  

La solution à la pollution n’est évidemment pas de payer davantage mais de ne pas polluer !  La demande s’adaptera à l’offre et c’est à  ce niveau qu’il convient d’abord d’agir :

1. Interdire les publicité sur les voitures à connotation écologique. Toutes les voitures polluent et les « moteurs qui respirent », cela n’existe pas !    
2. Taxer lourdement les industriels qui construisent des engins dépassant les normes d’émission de CO2. 
3. Envisager de brider les véhicules : quel intérêt de pouvoir monter à 240 si les autoroutes sont limitées à 130 (et bientôt 120) ?
4. Revoir la place de la voiture dans la société et rendre son utilisation moins indispensable et moins « sexy »

Mais comme ces mesures ne plairont pas aux industriels, mieux vaut ne pas en parler... A la trappe, sujet tabou ! Cela n’en fera jamais qu’un de plus…

Les Français sont appelés à se prononcer avant la synthèse du Grenelle. Ils vont le faire. Et probablement massivement. Le gouvernement va poliment écouter puis discrètement occulter tout ce qui invite à un changement de paradigme économique. Les Français veulent une autre société et une meilleure qualité de vie ?  On ne changera rien (ou si peu) mais on fera croire qu’il n’y a pas d’autre choix pour avancer (vers le mur) et sauver la planète !

Rappelons que le Grenelle historique, celui de 68, fut rejeté par les ouvriers qui occupaient leurs usines.  Le journal La Décroissance (Sept 2007) rappelle que, le 27 mai, Georges Seguy de la CGT et Eugène Descamps de la CFDT se firent huer par les ouvriers de Renault Billancourt, la citadelle ouvrière de l’époque. En effet, ces derniers ne demandaient pas tant des augmentations de salaire qu’un changement de comportement et de valeurs.  Ils ne voulaient pas « travailler moins » mais « travailler mieux » !

De la même manière, quarante ans plus tard, ce Grenelle de l’environnement ne peut que laisser sur sa faim les véritables acteurs de l’écologie.  C’est encore La Décroissance et plus précisément Paul Ariès, qui l’explique le mieux : « L’enjeu véritable de ce pseudo-Grenelle de l’environnement […] : vampiriser l’écologie pour la vider de tout contenu politique, c’est à dire pour empêcher les citoyens de prendre conscience que les solutions nécessaires imposent un autre partage des ressources, une autre conception de la richesse et de la vie, bref d’autres valeurs […] Le Grenelle de l’environnement est donc la réponse des riches, c’est-à-dire des exploiteurs, des dominants et des rentiers, face à la menace d’effondrement écologique. C’est une façon habile de détourner l’attention des vraies causes et donc d’empêcher les citoyens et les usagers de chercher des solutions en dehors du système qui les broie. »  http://www.ladecroissance.net

Que faire alors ?  Dénoncer encore et toujours l’hypocrisie et les manipulations ! D’où l’intérêt du contre-Grenelle de l’environnement organisé à Lyon le samedi 6 octobre 2007. http://www.contre-grenelle.org  Les médias de masse vont-ils en parler, eux qui sont partie intégrante du système ?  C’est peu probable alors à vos souris pour diffuser l’information !

Comment convaincre que le pire n’est pas une fatalité, que « la pollution n’est pas un gros problème mais six milliards de petits problèmes » (Hubert Reeves) et que nous pouvons tous, individuellement, faire une sacrée différence?

Infantiliser sur l’air du « polluer, c’est pas bien » n’est pas la solution.

Autre approche : démontrer à quel point le système est manipulateur et responsabiliser le citoyen en le plaçant au cœur de sa propre réflexion.

Tel est le pari de l’opération Lib’airté !

Nous vous invitons à y participer, naturellement :

Acte 1 : Découvrez le conte à rebours De l’air !

Benoît Saint Girons, auteur du conte Le Mendiant et le Milliardaire (Ed. Jouvence) a imaginé une petite histoire distrayante couplée à une analyse précise des manipulations du système. La problématique : que se passerait-il si l’air venait à être exploité comme une vulgaire nappe de pétrole ?

Le petit fichier pdf est disponible gratuitement via email : delair[at]lemendiant.fr (en précisant « Blog du Mendiant »)


Acte 2 : Diffusez le conte et le concept de Lib’airté.

Comme vous le savez, c’est l’information et la communication qui feront la différence !  Si chaque lecteur transmet le conte à ses amis, la réflexion sera enclenchée et le système aura du souci à se faire…

Trop de personnes se trouvent encore enchaînées dans la caverne des illusions…  La lecture du conte aura le mérite de les placer au cœur de la réflexion : à chacun  de décider ensuite, en connaissance de cause, des avantages ou non de la simplicité volontaire et de l’action écologique. Si nous voulons éviter l’hypocrisie ou la dictature, la réflexion individuelle n’est-elle pas la seule voie envisageable ?

« La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun » disait Marc Sangnier. Merci de nous aider, via cette opération,  à rétablir une démocratie digne de ce nom !

Extraits et information sur le site http://www.lemendiant.fr


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Dessin Jean Philippe Combaz © Satoriz
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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /2007 09:58
"La vie n'est pas un travail : travailler sans cesse rend fou"  Qui est donc l’auteur de cette formule blasphématoire ?  Un fainéant d’anarchiste ?  Un mendiant philosophe ?  Pas du tout : le Général De Gaulle !

Sarkozy est fou titrait le magazine Marianne durant la campagne présidentielle. Voilà qui pourrait rejoindre la prophétie du Général, tant il est de notoriété que Sarkozy travaille sans cesse. A trop gesticuler, il serait devenu fou… au point de vouloir nous imposer à tous un régime de forçats !

En soi, nous devrions tous nous réjouir de la réhabilitation du travail et du goût de l’effort. Le travail n’éloigne-t-il pas de nous « trois grands maux : l ’ennui, le vice et le besoin », comme l’écrivait Voltaire ?
Oui mais voilà : le travail, version Sarkozy, est un travail subi, un travail tripalium ! On ne travaille pas parce que l’on aime travailler. On ne travaille pas parce que l’on a réussi à faire coïncider vocation et vacances (le secret du bonheur selon Mark Twain). Non, on travaille pour « gagner plus », variante politiquement correcte de la prostitution.

« C’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense […] Assez pensé maintenant. Retroussons nos manches. » déclarait la ministre de l’économie Christine Lagarde devant les députés ébahis le 10 juillet dernier. A quelques jours de notre fête nationale, nos révolutionnaires ont du se retourner dans leurs tombes…

Nous voilà donc semble-t-il revenu dans les années fric, les années 80, lorsque le raider Gordon Gekko clamait dans le film Wall Street d’Oliver Stone « Greed is good. Greed works. » L’avidité nous sauvera et comme la fin justifie les moyens, les délits financiers ne doivent plus être pourchassés… On savourera la profondeur d’une telle philosophie à l’heure où les prêts hasardeux menacent une fois de plus la stabilité financière mondiale…


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Mais revenons à nos moutons besogneux. Seront-ils au moins bien payés ?  Le « travailler plus pour gagner plus » sarkozyen serait en effet la réponse à la revendication légitime du pouvoir d’achat. Le problème est réel : les « travailleurs pauvres » seraient en France entre 1,2 et 3,5 millions et une personne sur quatre se rendant aux Restos du cœur est salariée, selon Olivier Berthe, le président de l’association.

Demander aux entreprises d’augmenter les salaires serait évidemment dommageable pour leurs marges : elles ne pourraient plus verser autant à leurs dirigeants ! Mieux vaut donc pointer le doigt vers les salariés : « Vous voulez gagner plus ?  Et bien travaillez plus et cessez de vous plaindre ! »  C’est grosso modo le discours que notre Président a tenu devant des étudiants africains outrés à Dakar : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » Salauds de pauvres, vous n’aviez qu’à travailler pour votre propre compte au lieu de devenir les esclaves des occidentaux !

Nicolas Sarkozy n’est pas énarque mais, question bon sens, il n’a apparemment rien à leur envier. Depuis quand les salariés décident-ils en effet de leur durée de travail ?  « Bonjour patron. Ecoutez, j’aimerais bien me payer un écran plasma pour faire tourner l’économie chinoise alors, à partir de demain, je vais venir bosser une heure plus tôt et je repartirai une heure plus tard. Vous voudrez bien adapter mon salaire en conséquence… »  On imagine la tête du chef d’entreprise…

D’aucuns auront aussi remarqué que jamais le stress n’a fait autant de ravage. Les conditions de travail se sont tellement dégradées que le travail ferait déjà une victime par jour ! Quel salarié opprimé, s’il a vraiment le choix, acceptera d’en reprendre du rab ?  Tous ne sont évidemment pas stressés mais 54% des salariés ne seraient néanmoins pas prêts à sacrifier leur temps libre pour « gagner plus » (sondage de LH2 pour le Parisien).

Les plus perspicaces auront aussi remarqué que le problème de la France, n’est pas tant de travailler plus que de faire travailler davantage de monde. Moins de 2 millions de chômeurs selon les statistiques officielles mais probablement plus de 4 millions de personnes qui ne veulent pas « travailler plus » mais travailler tout court ! 

Si encore le slogan s’adressait aux entrepreneurs en herbes, à tous ceux qui rêvent de choisir un travail qu’ils aiment afin de ne pas avoir à travailler « un seul jour de leur vie », selon la formule de Confucius. Cela pourrait donner :  « Entreprenez davantage pour travailler moins ! » Les esprits chagrins pourraient continuer à regretter la course incessante à la croissance qui fout la planète en l’air mais que de satisfaction, de dynamisme et de créations de postes en perspective !  Et avec un peu de chance, ces nouvelles entreprises pourraient être dans le bio, dans l’écologie, dans les énergies renouvelables…

Cessons de rêver. Selon le magazine Marianne (15 sept 2007), Sarkozy serait un « fricocrate » et aurait « un penchant pour les héritiers plus que pour les bâtisseurs d’empire ». « Pour l’essentiel, ce ne sont pas les entrepreneurs qui séduisent le chef de l’Etat, mais les très riches »,  à l’instar de Vincent Bolloré qui fut remercié pour le prêt du yacht en ces termes : « Je souhaite pour l’économie française beaucoup de Vincent Bolloré » déclara le Président à l’opinion.

Notre opinion ? Ce n’est pas la richesse qui pose problème mais la richesse ostentatoire de quelques uns quand un plus grand nombre a du mal à boucler ses fins de mois. Le bling bling est aussi puéril qu’indécent, à l’heure où 900 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde !  Voilà, pour le coup, des hommes et des femmes qui devraient vraiment pouvoir « gagner plus », chez eux ! 

Quant à nous qui avons eu la chance de naître dans un pays riche, travaillons donc plus consciemment et intelligemment afin de donner véritablement du sens et de la valeur à notre travail.  « Celui qui travaille travaille pour lui », rappelle la Bible, pas pour Sarkozy !


Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

Photo: Métier à risque, Hong Kong, 2002 © Benoît Saint Girons


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