INTRO : blog, mendiant, système et combat

Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 16:33

Comment vaincre le système ?

Dialogue entre Samuel et l’étrange Bibliothécaire :
(Extrait du conte Le Mendiant et le Milliardaire, Editions Jouvence)

– Si je vous comprends bien, nous serions donc les victimes d’un gigantesque complot ?
– Ce serait trop beau et trop facile de rejeter ainsi la responsabilité sur les autres ! Le système est plutôt comme la pollution dont parle Hubert Reeves : non pas un gros problème mais six milliards de petits problèmes ! Évidemment, il ne sert pas à grand-chose de s’y attaquer frontalement. Suivant le principe de l’aïkido, il conviendrait plutôt d’utiliser son énergie afin de l’orienter dans une direction plus positive. Et l’énergie du système, c’est l’argent. C’est par l’argent que nous pouvons vaincre !
– Je serais bien curieux d’apprendre comment.
– Ça, c’est justement l’objet du livre…

 

Si le système est aussi habile à masquer la réalité, c’est que la magie du marketing conditionne sa survie : imaginez le scandale si tous les carrosses redevenaient subitement citrouilles, si les paraîtres se dissipaient pour révéler les êtres ? Le choix de nos produits ne serait-il pas pour le coup bien facilité ?

Le système a tout intérêt à endormir notre vigilance et à nous bercer d’illusions car nous serions redoutables en « mendiants » ou en consomm’Acteurs éclairés.  Imaginez par exemple que nous apprenions tous à faire la distinction entre le synthétique et le "sain-éthique".  Qu’au lieu de soulager les symptômes de nos maladies, nous décidions une bonne fois pour toute de renforcer notre terrain immunitaire afin de ne plus tomber malade ?  Qu’aux prix toujours plus bas made in ailleurs, nous nous mettions à privilégier la qualité locale. Qu’en place des logos, nous suivions le logos…

Nous avons sur le système un pouvoir immense : c’est nous qui achetons ses produits !  Voter pour un produit plutôt que pour un autre, dans un lieu plutôt que dans un autre afin de sanctionner une pratique ou, au contraire, en favoriser une autre : notre pouvoir d’achat est un pouvoir de choix !

N’en déplaise au système, cette réflexion n’est pas un délire de « bobo » !  Les « pauvres », ne l’oublions pas, sont les premières victimes de la pub et de l’obésité. Mieux manger coûte cher ?   Faux !  Cela permet au contraire de faire des économies : économies de santé, d’énergie, de bien-être… Ce sont les « tentations » de la pub qui coûtent chers et non les fruits et légumes des marchés ou des magasins bio !  Ce sont les marques et les derniers gadgets qui grèvent les budgets et non les dépenses raisonnables du quotidien !

Les « pauvres » ont besoin de consommer pour remplir le vide de leur existence ?  Telle est, en effet, la vraie problématique : comment retrouver le goût de la vie sans passer par la case consommation ? 

La vraie rupture appelle à une réflexion d’envergure sur les fondements d’un système qui a pour fonds de commerce les peurs, les complexes et les frustrations des citoyens.  Un homme heureux ne consomme pas autant: à quoi serviraient des gadgets puisqu’il a l’essentiel ?

La vraie rupture repose sur la réappropriation par les citoyens de leur destin collectif et de leur liberté : l’Etat peut beaucoup de chose mais il ne peut pas tout.  Un « président-mendiant » ou un « philosophe-roi » désintéressé serait évidemment préférable mais il ne saurait nous dispenser de nos responsabilités. 

Terminons donc, navré, par une mise au point : le monde entier a mal et des enfants ont faim. Les voix des peuples s’élèvent pour clamer leur ras-le-bol. Des candidats affables distribuent leurs oboles.  Mais quoi que l’on nous dise et quoi que nous pensions, nous ne changerons de vie que si nous agissons ! 

 


Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 16:38

Les malentendus du système


« On n’a plus de marge de manœuvre. On vit au-dessus de nos moyens. Quel que soit le gagnant, il ne pourra pas réaliser les promesses qu’il aura faites. »   déclarait Dominique de Villepin en novembre 2006. « L’Etat ne peut pas tout »  avait, en son temps, rétorqué Jospin. « Tout » dans le sens fataliste de « On n’y peut rien ! »

Si les hommes politiques se déclarent impuissants, les citoyens peuvent légitimement craindre pour la débandade. Certains n’attendent déjà plus rien : entre le « tous pourris » et le « c’est du pareil au même », ils voteront avec leurs pieds ou se baladeront du côté des extrêmes…

La France et les français soumis à la dictature mercantile des marchés financiers et ils ne peuvent rien faire ?  « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen. Qui ne veut rien faire trouve une excuse. » dit un proverbe arabe. Il faut quand même disposer d’un sacré culot pour prendre le prétexte du système… pour ne rien changer au système !

Mais qu’est-ce donc, en premier lieu, que ce « système » ? Selon le Mendiant, le système, est ce qui nous échappe, ce qui fondamentalement manque de sens. Ce sont les néons de la consommation; la pente douce qui mène au précipice; une espèce de trou noir, qui gagne en énergie à mesure qu’y sombrent les esprits…

Les manifestations du système, ce sont par exemple les délocalisations alors que les entreprises et les grands patrons engrangent des bénéfices records ou encore le stress et la peur, utilisés de plus en plus comme des techniques de management. Nous sentons tous, intrinsèquement, que quelque chose ne tourne pas rond dans nos sociétés. Et bien c’est le système qui est aux commandes !

Le système néolibéral s’est bâti avec la bénédiction des puissants sur deux malentendus : la loi de la jungle qui pousse chacun à vouloir « plus » que son voisin tout en considérant les faibles comme des "coupables" et le théorème de la main invisible selon lequel le marché s’autorégule. Ces deux théories, pourvoyeuses de stress, de prédation et de gabegie, sont aujourd’hui anachroniques. 

« Les solidarités apparaissent en fait comme le vrai moteur de la vie » rectifie le botaniste Jean-Marie Pelt (i)  « S’il écrivait qu’en recherchant leur intérêt personnel les individus œuvrent pour le bien-être général de la société, Adam Smith était plus conscient des limites de ce raisonnement que beaucoup d’adeptes actuels de cette doctrine. » précise le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz (ii)  Bref, si la globalisation est un fait, la doctrine néolibérale est un choix et ce n’est ni le choix de la vie, ni celui des peuples ! 

Raison suffisante pour en changer !

Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…

 


Références:
(i) Jean-Marie Pelt, La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, 2004, p. 8
(ii) Joseph E. Stiglitz, Quand le capitalisme perd la tête, Fayard, 2003, p.301


Suite : Comment vaincre le système ?

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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 16:41

Pourquoi le Mendiant ?


La figure du Mendiant est intéressante à plus d’un titre…

Le mendiant est d’abord l’antithèse du superman, l’antinomique du développement et de la course incessante à la croissance. Il ne clame pas haut et fort : « Regardez comme je suis performant, beau, riche et intelligent » mais : « Voyez comme je suis faible et, si vous le pouvez, aidez-moi ! »  un mendiant n’a rien à prouver, rien à vendre, rien à paraître !  La figure du mendiant est emblématique de la condition humaine : un être bon mais plein de faiblesses, qui a besoin des autres pour vivre et qui n’a pas honte de l’admettre. Est-il besoin de souligner que nous sommes tous, de ce point de vue, des mendiants en puissance ?

Nous avons tendance à l’oublier à la vue de nos malheureux SDF mais la tradition de la mendicité – la plus vieille activité du monde – est aussi parfois associée à  une forme de liberté et de sagesse. Au Sénégal, les disciples d’une confrérie musulmane se font mendiants afin d’apprendre l’humilité et l’ascétisme.  En Asie, des moines bouddhistes mendient leurs repas au quotidien. C’est un moine mendiant qui aida le prince Siddhârta à se lancer sur la voie du Bouddha et le sage taoïste déclare : « Souplesse et faiblesse sont conformes à la vie. Rigidité et force sont conformes à la mort. »    Mais nous pourrions aussi évoquer Jésus ou Gandhi…

Le mendiant est un inutile ?  Celui par qui la générosité s’exprime est pourtant considéré dans toutes les religions  comme un vecteur de purification, d’élévation, de mieux-être… Qui pourrait nier de bonne foi que l’on se sent plus léger après avoir donné ?

Au-delà du sage ou du « professionnel » salvateur, la figure du Mendiant peut enfin  être évoquée pour son aspect « poil à gratter » : placé en dehors de la société, ne pouvant tomber plus bas, il est idéalement placé pour analyser les dérives de la société capitaliste, pour rendre compte de l’envers du décor… Le Mendiant, c’est le contradicteur du système par excellence!  C’est ainsi Diogène, le philosophe cynique qui vivait dans une amphore, mordait les mécréants et faisait tomber les masques. Diogène, l’âme forte, l’esprit libre, « l’incarnation du contre-pouvoir que les philosophes ne devraient jamais cesser d’exercer » selon Michel Onfray.   

Un homme libre qui accepte son humanité, se contente de peu, trouve son plaisir en lui-même et porte un regard acéré sur la société : pas étonnant que le mendiant soit autant décrié et redouté par le système ! 

D’avance, merci de le soutenir car, ne l’oubliez pas, c’est un mendiant : il a donc besoin de vous !

Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…


Suite : les malentendus du système

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