Le temps de la patience

Publié le par Le Mendiant

PROPOSITION


Extrait de L’Autre Choix : choisir la liberté et le bien-être !


Une bonne nouvelle en forme de paradoxe : comme nous gagnons en moyenne trois mois de vie supplémentaire par an, plus le temps passe et plus nous disposons de temps !  Mais à quoi cela nous servira-t-il si nous en sommes l’esclave et n’arrivons pas à en profiter ?  Notre recherche de temps libre ne signifie-t-elle pas que la majorité de notre temps est prisonnier ?

« Je n’ai pas le temps »  Combien de fois cette expression fait-elle irruption dans nos journées ?   Si la richesse d’un homme se mesurait à l’aube de son temps, rares seraient dans nos contrées les personnes fortunées.  Cette expression est pourtant une escroquerie intellectuelle, similaire au « Je n’ai pas d’argent » lancé au mendiant : nous avons du temps mais nous ne savons simplement pas le donner… ou le maîtriser !

« J’ai perdu mon temps »  Décidons-nous : si nous n’avons pas le temps, comment pouvons-nous l’avoir perdu ?  En soi, nous perdons tous notre temps, en permanence, à chaque seconde qui passe : la vie s’écoule, la mort s’approche et nous ne pouvons nous refaire. Il est toutefois rare que nous ayons cette loi naturelle à l’esprit lorsque nous utilisons cette formule : nous ne parlons généralement pas du temps de la nature mais du temps de l’homme, du travail et de la comptabilité: il s’agit de rentabiliser notre temps…

Nous ne pouvons avoir perdu notre temps que si nous en disposions au préalable pour faire autre chose.  Un temps ne peut être perdu que dans une logique d’objectif ou de résultat : gagner tant par jour ou bien réaliser tel projet.  La fin justifie une exploitation précise de mon temps et tout ce qui est susceptible de me distraire est alors à bannir. 


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Il n’y a évidemment rien de négatif à avoir des objectifs et à souhaiter les réaliser du mieux possible.  Mais où le bien-être se situera-t-il ?  Dans la durée de la réalisation ou uniquement dans le bref instant de gloire ?  Si notre objectif est d’arriver avant telle heure à tel endroit, nous allons avoir tendance à pester contre les voitures plus lentes que la notre, les camions, les embouteillages ou les feux rouges. Nous risquons même de commettre des imprudences.  Au final, nous connaîtrons peut être la satisfaction de remplir notre objectif mais nous aurons gaspillé en jérémiades tout le temps du trajet. 

Le bien-être ne peut exister que dans l’instant présent et il est toujours illusoire de chercher à le conjuguer au futur. Le vrai gaspillage ou perte de temps, n’est donc pas d’échouer, d’écouter quelqu’un poliment ou de s’écarter un peu de son chemin mais de ne pas savoir apprécier l’instant présent.  La perte de temps est ainsi toujours personnelle : ne pas savoir apprécier son temps.


Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…
            Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Réserve une demi-heure chaque jour à la prière, sauf lorsque tu as beaucoup à faire. Dans ce cas, prends une heure.
                          Saint François de Sales


 
Notre société cultive le culte de la performance. La vitesse est grisante et il n’y a pas nécessairement de contradiction entre le bien-être et l’hyperactivité.  Les problèmes susceptibles de se poser sont de trois ordres. Premièrement, cette activité effrénée peut entraîner un claquage : à en faire trop tout le temps, nous risquons l’accident.  Deuxièmement, nous prenons le risque de développer une fausse croyance : que la lenteur ou l’inactivité sont des choses nécessairement négatives.  A rouler toujours à 130, nous nous énervons lorsque nous devons rétrograder et sortir de l’autoroute.  C’est dommage car c’est sur les petites routes et à une allure raisonnable que l’on apprécie le plus le paysage…

Troisièmement, le besoin de la vitesse est souvent contradictoire avec la patience, une vertu pourtant privilégiée par les sages et même considérée comme la mère de toutes : « La patience est la clé du paradis » dit un proverbe turc. « La patience est un pansement pour toutes les plaies » rappelle Cervantes. La patience fait aussi partie des six perfections bouddhistes : sans elle, peu de techniques pourraient en effet être comprises et expérimentées… 

La patience fait partie de ces mots aux multiples résonances. D’après le dictionnaire, il s’agit tout d’abord d’une « vertu qui fait supporter avec résignation les injures, les critiques, etc.  » D’où la conception bouddhiste que nos ennemis sont précieux car ils nous permettent de pratiquer la patience.  C’est aussi la « qualité de celui qui persévère sans se lasser », gage de résultats.  « Prendre patience », c’est « attendre avec calme » tandis que « prendre son mal en patience », c’est « souffrir sans se plaindre », ce que devraient apprendre à faire tous les patients. Nous désignons en effet sous le nom de patient les personnes qui restent stoïques devant l’insulte, les challenges ou les soins médicaux.  Patient vient du latin patientia qui signifie action de supporter, d’endurer. Il renvoie aussi à pati qui signifie souffrir ou supporter.

Il n’est donc pas étonnant que notre impatience contemporaine s’accompagne d’une peur absolue pour la souffrance et, en définitive, pour la mort.  Manquer de patience, c’est en définitive manquer de temps et de courage : ne pas accepter les aléas de l’existence. Celui qui n’a pas la patience de vivre serait-il impatient de mourir ?  Patience ! Chaque chose viendra en son temps…

Être patient revient donc à accorder le temps à tout ce qui advient et à considérer que tout est comme il doit être. C’est comprendre que je ne peux pas tout contrôler. C’est accepter les mauvaises expériences – les délais, les problèmes, les insultes ou la maladie – comme inévitables et réaliser que je ne peux pas toujours obtenir tout ce que je veux.  C’est lâcher prise en face de l’adversité et ne pas rajouter de l’huile sur le feu.

[…]

Le lâcher prise est cousin de la patience : en face d’une situation désagréable, j’envoie à mon esprit le message suivant : « Patience ! Laisse tomber ! Il n’y a rien que tu puisses faire ! Cela finira par aller mieux… »  Il ne s’agit pas de lâcheté mais d’humilité, de réalisme et de pragmatisme : si je ne peux rien faire, à quoi cela sert-il de faire quelque chose ? 

Faire preuve d’impatience serait au contraire source de stress et d’épuisement. Pensons au courant marin, responsable de bien des noyades : pris dans tel courant, il ne faut surtout pas s’épuiser à nager à contre courant pour essayer de retourner vers la plage mais se laisser porter jusqu’au point où le courant faiblit puis nager perpendiculairement pour en sortir… 

Mon Dieu, donnez-moi la Sérénité
d’accepter les choses que je ne puis changer.
le Courage de changer les choses que je peux,
et la Sagesse d’en connaître la différence
                                             Prière de la Sérénité



Aller vite, c’est très bien. Aller lentement, c’est très bien aussi !  Ce n’est pas la vitesse qui compte mais notre appréciation du moment. Le temps ne se perd ou ne se gagne, il ne s’accepte ou se refuse : il se vit !


Le Mendiant
Le pire n'est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous...


Autres extraits sur le site http://www.lemendiant.fr

Photo: 2007 © Benoît Saint Girons

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